Au-dessus du territoire français, un A330 MRTT Phénix de l’Armée de l’Air et de l’Espace a ravitaillé en vol, dans le même exercice, un TC-135 américain et un RC-135W britannique. L’appareil appartenait à la 31e escadre aérienne de ravitaillement et de transport stratégiques (EARTS).
La manœuvre a été qualifiée d’historique par la 55e escadre de l’US Air Force, qui exploite l’ensemble des RC-135 américains depuis la base d’Offutt, dans le Nebraska, dans un communiqué publié le 7 août 2026.
Ce que révèle surtout cet exercice, c’est une différence technique entre deux flottes qui se ressemblent pourtant beaucoup sur le papier. Le Phénix français cumule une perche rigide, dite « Flying Boom », et des nacelles en bout d’aile qui déploient des tuyaux souples avec panier.
Les A330 MRTT britanniques, baptisés Voyager, n’ont eux que la seconde option. Résultat : la Royal Air Force n’est pas en mesure de ravitailler elle-même ses propres avions de renseignement électronique RC-135W Rivet Joint, aussi appelés Airseeker, faute d’équipement en perche rigide.
Un angle mort pour les avions espions britanniques
La RAF possède trois de ces RC-135W. Sans capacité de ravitaillement compatible dans sa propre flotte, elle dépend d’appareils étrangers équipés du bon système, comme le Phénix français vient de le démontrer. Ce manque de compatibilité pourrait poser problème à l’avenir, à mesure que la RAF réceptionnera les chasseurs F-35A qui lui ont été promis et développera son futur chasseur-bombardier dans le cadre du Global Combat Air Programme, à moins qu’une solution ne soit trouvée d’ici là.
La préparation de l’exercice s’est appuyée sur des données tirées d’essais menés quelques mois plus tôt avec un KC-30A de la Royal Australian Air Force, version australienne de l’A330 MRTT. Il a fallu ensuite une coordination diplomatique entre la France, les États-Unis et le Royaume-Uni pour obtenir les autorisations nécessaires et harmoniser procédures et communications entre trois armées.
Le communiqué de la 55e escadre insiste sur la portée de la démonstration : « Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France n’ont pas simplement déployé trois forces nationales dans le même espace aérien. Ils les ont combinées en une seule force, se soutenant mutuellement. »
Selon le texte, cette intégration renforce la dissuasion collective, accroît la capacité de l’OTAN à mener des opérations en continu et complique la planification de l’adversaire. Le communiqué ajoute qu’en synchronisant ces éléments, les trois pays ont transformé « une première historique en une capacité multinationale reproductible ».
Concrètement, ravitailler en vol un avion espion comme le RC-135W lui permet de mener des missions de renseignement électronique plus longues sans escale, ce qui améliore son endurance et sa réactivité au profit de l’OTAN.
Le système de perche du Phénix, l’ARBS, transfère jusqu’à 3 600 kilogrammes de carburant par minute, via un tuyau de 27 mètres. À la différence du KC-135 américain, l’opérateur ne se poste plus en position ventrale : il pilote la manœuvre depuis une console intérieure, grâce à un jeu de caméras 3D et panoramiques qui offrent une précision accrue quelle que soit la phase de la mission.
L’appareil reste par ailleurs intégré à la bulle Liaison 16, ce qui lui permet de transmettre en temps réel la situation tactique au centre de commandement.
Une flotte française en pleine expansion
La mission première du Phénix demeure la dissuasion nucléaire aéroportée française. Mais sa flotte grossit vite : le ministère des Armées calcule que l’arrivée conjointe des Phénix et des A400M a augmenté les capacités de l’armée de l’air en 2025, et la France en comptera 15 exemplaires d’ici 2028, basés à Istres au sein de la 31e escadre.
Depuis 2026, le ravitaillement entièrement automatique est opérationnel sur l’appareil. Une version Neo, allégée de 800 kilogrammes et équipée du moteur Trent 7000-72, est en développement, avec un prototype attendu entre 2028 et 2029. Le 25 septembre 2025, la Force aérienne royale thaïlandaise a été annoncée comme premier client export de cette version Neo, avec une livraison prévue en 2029.








