Prisonniers de guerre : l’Ukraine détient des combattants de 51 pays

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Prisonniers de guerre : l’Ukraine détient des combattants de 51 pays
© Telegram @ Омбудсман Лубінець Дмитро

La guerre en Ukraine ne mobilise plus seulement des ressortissants russes et ukrainiens. Le 4 août 2026, lors de la réunion annuelle des responsables des établissements diplomatiques ukrainiens, le commissaire aux droits humains du parlement ukrainien, Rada, Dmytro Lubinets, a annoncé que des citoyens de 51 pays avaient été capturés en Ukraine après avoir combattu au sein de l’armée russe.

Prisonniers de guerre : 51 nationalités dans les rangs russes

Le chiffre annoncé par Dmytro Lubinets marque une progression par rapport aux données communiquées quelques mois plus tôt. En mai 2026, les autorités ukrainiennes évoquaient des prisonniers de guerre étrangers issus de près de 50 pays. Les informations publiées début août 2026 portent désormais ce nombre à 51.

Dmytro Lubinets a lui-même insisté sur la portée internationale du phénomène. Dans un message publié le 5 août sur son canal Telegram, l’ombudsman ukrainien affirme que des étrangers originaires de 51 pays ont été faits prisonniers alors qu’ils combattaient au sein de l’armée russe. Il estime que cette situation doit être portée à la connaissance de la communauté internationale, notamment parce que la participation à la guerre aux côtés de la Russie peut avoir des conséquences juridiques.

Le phénomène est d’autant plus significatif que les prisonniers ne constituent qu’une partie des ressortissants étrangers engagés du côté russe. Selon des données communiquées par les autorités ukrainiennes, plus de 28.000 ressortissants étrangers avaient été identifiés au 28 mai 2026 comme ayant signé des contrats avec les forces armées russes. Le même bilan faisait état de 5.149 morts parmi ces combattants étrangers à cette date.

Ces chiffres ne doivent toutefois pas être additionnés mécaniquement au nombre de prisonniers. Les catégories ne recouvrent pas les mêmes populations et correspondent à des dates différentes. Ils donnent néanmoins une indication de l’écart considérable entre le nombre de personnes étrangères identifiées comme ayant rejoint les forces russes et celui de celles qui ont finalement été capturées en Ukraine.

Les ressortissants d’Asie centrale fortement représentés au sein des combattants étrangers

L’Asie centrale apparaît comme l’un des principaux bassins de recrutement identifiés par les autorités ukrainiennes. Une donnée communiquée en mai 2026 par le projet ukrainien « Je veux vivre » fait état de 12.919 ressortissants d’Asie centrale ayant signé des contrats avec le ministère russe de la Défense et étant partis combattre contre l’Ukraine. Le détail communiqué donne 4.955 Ouzbeks, 3.489 Tadjiks, 2.420 Kazakhs, 1474 Kirghiz et 581 Turkmènes. Il s’agit de données attribuées au projet ukrainien et relayées par le média Telegram concerné ; elles doivent donc être lues comme des estimations ou des identifications effectuées par ce dispositif, et non comme un recensement indépendant de l’ensemble des ressortissants d’Asie centrale engagés dans les forces russes.

© Омбудсман Лубінець Дмитро

La comparaison avec les données de janvier 2026 montre cependant une évolution. À cette date, « Je veux vivre » avait identifié 12.666 ressortissants d’Asie centrale. Le total annoncé en mai atteignait donc 12.919 personnes, soit 253 individus supplémentaires identifiés en quatre mois. Le mouvement est particulièrement visible pour l’Ouzbékistan, passé de 4.853 à 4.955 personnes, et pour le Tadjikistan, passé de 3.407 à 3.489.

Cette concentration relative sur l’Asie centrale s’inscrit dans une stratégie de recrutement beaucoup plus vaste. Les autorités ukrainiennes affirment que la Russie cherche également des recrues en Afrique, en Asie et en Amérique latine. En avril 2026, l’International Federation for Human Rights and Truth Hounds estimaient dans un rapport conjoint qu’environ 27.000 personnes originaires de plus de 130 pays auraient été recrutées par la Russie depuis février 2022. Cette estimation est plus large que le décompte ukrainien de plus de 28.000 ressortissants étrangers ayant signé des contrats, car les méthodes et les périodes de recensement ne sont pas nécessairement identiques.

Guerre en Ukraine : une force russe de plus en plus internationale

Le recrutement de combattants étrangers répond à plusieurs logiques. Les autorités ukrainiennes affirment que les recruteurs russes ciblent notamment des travailleurs migrants, des personnes sans emploi et des populations vulnérables. Les propositions peuvent prendre la forme de promesses financières, d’offres d’emploi ou de perspectives d’études et de résidence en Russie. Kiev accuse les recruteurs de recourir à la manipulation financière, à la pression psychologique et à la tromperie.

Le problème est particulièrement sensible pour les États d’Asie centrale. Une partie importante de leurs ressortissants travaille ou réside en Russie, ce qui facilite les contacts avec les réseaux de recrutement. Pour les gouvernements de la région, l’engagement de leurs citoyens dans la guerre constitue ainsi un sujet à la fois diplomatique, sécuritaire et politique. Le cas des prisonniers de guerre ajoute une dimension supplémentaire : leurs gouvernements peuvent être confrontés à la nécessité de déterminer leur statut, leur parcours et les conditions dans lesquelles ils ont rejoint les forces russes.

Le bilan humain permet également de mesurer l’ampleur du phénomène. Une enquête menée par le service russe de la BBC et Mediazona avait identifié 3.589 ressortissants étrangers morts après avoir combattu pour la Russie au début de juillet 2026. Ce total comprenait 1.285 combattants originaires de plus de 40 pays, auxquels s’ajoutaient 2.304 soldats nord-coréens.

Le recours aux étrangers ne se limite donc pas à quelques cas isolés de volontaires individuels. Il s’inscrit dans une politique de recrutement suffisamment vaste pour concerner plusieurs dizaines de milliers de personnes et plus d’une centaine de nationalités selon les sources et les méthodes de comptage. Le nombre de prisonniers de guerre étrangers constitue, dans ce contexte, un indicateur particulièrement visible de cette internationalisation.

Les prisonniers de guerre étrangers, un enjeu diplomatique pour l’Ukraine

Pour Kiev, la question ne relève pas uniquement du champ militaire. Dmytro Lubinets l’a placée directement dans le registre diplomatique lors de la réunion annuelle des représentants ukrainiens à l’étranger. Il a présenté le retour des enfants, des civils détenus et des prisonniers de guerre comme une dimension centrale de l’action diplomatique ukrainienne.

Cette approche intervient alors que l’Ukraine cherche à documenter les différents aspects humains et juridiques de la guerre. Dans son allocution le 5 août 2026, Dmytro Lubinets a estimé que la diplomatie ne doit pas se limiter aux négociations internationales et doit également servir à faire revenir les personnes détenues et à documenter les violations de leurs droits. Il a appellé notamment les diplomates ukrainiens à travailler avec les partenaires internationaux sur ces dossiers.

Le même message replace les prisonniers de guerre dans un ensemble plus large de questions humanitaires. Dmytro Lubinets a indiqué que 20.610 cas de déportation et de transfert forcé d’enfants ukrainiens ont été confirmés. Il a précise que 2.425 enfants ont été ramenés en Ukraine dans le cadre de l’initiative Bring Kids Back UA, dont 465 avec l’aide du bureau de l’ombudsman.

La présence de citoyens de 51 pays parmi les prisonniers capturés en Ukraine donne donc à Kiev un argument supplémentaire pour internationaliser le dossier. Chaque détenu étranger constitue potentiellement un point de contact avec son pays d’origine, son administration consulaire et, selon les circonstances, avec les autorités judiciaires concernées.

L’enjeu est aussi celui du traitement de ces combattants après leur capture. Le quartier général ukrainien chargé des prisonniers de guerre a accusé Moscou d’avoir exclu certaines recrues étrangères de précédents échanges de prisonniers. Le média indique parallèlement que certaines ambassades ont pu rendre visite à leurs ressortissants détenus en Ukraine.

Dans ce contexte, le chiffre de 51 pays dépasse la simple statistique militaire. Il dessine une géographie internationale du recrutement russe et place les gouvernements concernés face à une question nouvelle : que faire de leurs ressortissants partis combattre dans une guerre qui ne se déroule pas sur leur territoire ? Pour l’Ukraine, la réponse passe désormais aussi par les canaux diplomatiques, avec l’objectif de documenter les parcours de recrutement, de faire connaître les cas de capture et de rappeler les conséquences juridiques de la participation au conflit.

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