Une vidéo de 13 secondes à peine, partagée sur X par les chercheurs Juan Luis Rizos et José María Madiedo, de l’Institut d’astrophysique d’Andalousie (IAA-CSIC), montre la matière pulvérisée par l’impact d’un étage de fusée Falcon 9 sur la Lune.
À neuf reprises au fil du clip, une structure vaporeuse surgit du disque noir lunaire, s’élargit puis se dilue dans l’espace, comme une gerbe ou un geyser. Ce phénomène, appelé éjecta, est la conséquence directe du choc de l’étage supérieur de la fusée SpaceX contre le sol lunaire.
NEWS 🚨: A Korean lunar orbiter has photographed the crash site of a SpaceX Falcon 9 second stage on the Moon pic.twitter.com/chI8hpWdsv
— Latest in space (@latestinspace) August 6, 2026
Un panache filmé à 380 000 kilomètres
Au premier regard, l’image ressemble à un signal télévisuel très détérioré, une sorte de neige numérique sur un vieux poste. Il n’en est rien. La vaste zone sombre en bas à gauche de l’écran est la Lune, plongée dans une pénombre totale.
La partie droite, granuleuse et plus claire, correspond au ciel spatial éclairé par le Soleil : c’est là que tout se joue. Les équipes de l’IAA-CSIC ont ajouté un ovale rouge pour guider le regard vers le panache.
L’éjecta correspond à une projection de poussière et de débris rocheux arrachés au sol lunaire, le régolithe. Sous la violence du choc, cette matière est pulvérisée et propulsée à grande vitesse dans le vide. L’absence d’atmosphère lunaire signifie qu’elle n’est freinée par rien, ce qui forme un panache éphémère éclairé par le Soleil.
Pour capter ce phénomène ténu à plus de 380 000 kilomètres, les chercheurs ont dû pousser la sensibilité des capteurs et le contraste de l’image à leurs limites, d’où l’aspect parasité de la vidéo.
Un étage de fusée abandonné depuis janvier 2025
D’après les informations du Monde, l’écrasement s’est produit le mercredi 5 août 2026, près du cratère Einstein, dans l’hémisphère nord de la Lune, à une vitesse de 8 690 kilomètres par heure. L’engin, de la taille d’un bus et pesant quatre tonnes, a probablement laissé un cratère de la taille d’un court de tennis au fond du désert gris lunaire.
L’impact a été confirmé par les observations du télescope de l’Observatoire européen austral, basé au Chili, ainsi que par une sonde de l’agence spatiale coréenne.
Cet étage supérieur avait décollé en janvier 2025 avec deux alunisseurs à son bord ; le propulseur, lui, était revenu sur Terre après le lancement. L’étage restant en orbite est devenu un débris spatial. Selon Julianna Scheiman, responsable de SpaceX, lors d’une conférence de presse le 3 août, « un mélange d’activité solaire et de forces gravitationnelles l’a finalement placé sur une trajectoire en direction de la Lune ».
La NASA qualifie l’impact de non intentionnel, mais assure qu’il n’y a aucun danger pour la Terre et que l’événement permettra de collecter des données lunaires pour affiner les techniques de suivi d’objets dans l’espace.
Une pollution lunaire jugée négligeable
Ce type d’impact n’a rien d’inédit. Dès les missions Apollo, entre 1969 et 1972, les troisièmes étages des fusées Saturn V étaient volontairement projetés sur le sol lunaire. La Lune est jonchée d’environ 200 tonnes de débris, ordures et autres restes d’activité humaine.
Pour Olivier Sanguy, rédacteur en chef à la Cité de l’espace, à Toulouse, « la présence de débris sur la Lune est un problème distinct de la pollution spatiale en orbite, mais lié ». Il ajoute : « sur le principe, il faut évidemment éviter de polluer la Lune, mais le phénomène reste négligeable ».
Pour les scientifiques, l’événement a néanmoins une valeur particulière. Alain Doressoundiram, astrophysicien à l’Observatoire de Paris, y voit « une expérience naturelle qui nous est offerte » : la masse, la taille et la nature de l’objet étant connues avec précision, contrairement à un astéroïde naturel, l’impact permet d’approfondir les connaissances sur la formation des cratères et le comportement des matériaux projetés.
Ces données pourraient éclairer l’histoire de la Lune et de ses reliefs, alors que plusieurs missions habitées envisagent d’y retourner durablement.








