Des opérations russes ciblent Gabriel Attal, Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann. La déstabilisation numérique est une arme de guerre à part entière. Pourtant, la France y consacre des moyens encore très insuffisants — et personne n’en parle avec les chiffres en main.
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La part approximative du budget de la LPM 2024-2030 dédiée spécifiquement à la cyberdéfense offensive et à la protection des infrastructures politiques sensibles.
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La cyberguerre est une guerre. Quelqu’un a prévenu le ministère des Finances ?
Des personnalités au sommet de l’État prises pour cibles par des opérations de déstabilisation coordonnées depuis Moscou. Des campagnes de désinformation, des tentatives d’intrusion, des manipulations numériques destinées à fracturer le débat démocratique à dix-huit mois de la présidentielle. Ce n’est pas un scénario de thriller. C’est l’actualité du jeudi 6 août 2026.
La question que personne ne pose : combien la France investit-elle réellement pour se défendre sur ce terrain ? La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 affiche une enveloppe globale de 413 milliards d’euros. Impressionnant sur le papier. Mais sur ces 413 milliards, la part consacrée au cyber — toutes catégories confondues — atteint péniblement 4 milliards sur sept ans. Soit moins de 1 % du total. Comparez avec l’Allemagne, qui a sanctuarisé plus de 20 milliards d’euros sur la même période pour sa transformation numérique militaire et civile, ou avec les Pays-Bas, qui consacrent 2 % de leur budget défense au seul volet cyber offensif.
On dépense beaucoup. On dépense souvent mal. Et on dépense très insuffisamment là où la menace est désormais quotidienne.
Le vrai coût de l’ingérence : qui comptabilise ?
Voici ce que les communiqués officiels n’indiquent jamais : le coût réel d’une opération d’ingérence subie. Frais de contre-enquête, mobilisation des services de renseignement, gestion de crise communication, renforcement d’urgence des systèmes exposés — sans compter le coût politique et démocratique, impossible à chiffrer mais bien réel.
Aux États-Unis, le Government Accountability Office publie chaque année une évaluation détaillée des pertes imputables aux cyberattaques d’origine étatique. En France, rien de tel. L’ANSSI publie des rapports de qualité, saluons-le. Mais aucune autorité budgétaire indépendante ne consolide le coût global de la vulnérabilité numérique française pour les finances publiques et la sécurité nationale.
Imaginez un instant qu’une infrastructure critique — réseau électrique, système de paiement, communication militaire — soit mise hors service quarante-huit heures. Les économistes estiment qu’une telle interruption coûterait entre 3 et 10 milliards d’euros à l’économie française. C’est l’équivalent du budget annuel de la Marine nationale. Investir quelques centaines de millions supplémentaires en prévention n’est pas une dépense : c’est une assurance.
Arrêter de subir, commencer à budgéter sérieusement
La réponse politique à ces révélations d’ingérence sera, comme toujours, déclaratoire. Des mots forts, une convocation de l’ambassadeur, un communiqué solennel. Ce que l’on ne verra probablement pas : une ligne budgétaire sanctuarisée, évaluée, contrôlée, avec des indicateurs de performance publiés annuellement.
La Suède, pays comparable en population à l’Île-de-France, consacre 3,4 % de son PIB à la défense et a créé une agence cyber dotée d’un budget autonome, transparent, révisable chaque année par le Parlement. Résultat : zéro opération d’ingérence étrangère documentée ayant perturbé une élection nationale depuis 2020.
La leçon est simple. La cyberguerre se gagne avec des euros bien alloués, des effectifs formés et des structures agiles — pas avec des discours. Il est temps que la prochaine révision de la LPM intègre un volet cyber ambitieux, chiffré, évalué. Avant que la prochaine cible ne soit le scrutin lui-même.


