Chaque été, les flammes ravagent des milliers d’hectares français. Chaque été, on mobilise militaires, pompiers, Canadairs, et on s’étonne du coût. Mais personne ne pose la vraie question : combien nous coûte l’absence d’une véritable stratégie de défense territoriale contre les risques climatiques, et comment l’armée pourrait mieux y contribuer ?
1,2 milliard €
Coût estimé des grands incendies de forêt en France pour la seule saison 2022, entre destructions, mobilisations et reconstructions — un chiffre qui repart à la hausse en cet été 2026.
Le feu, révélateur d’un État qui improvise
Le Var brûle. La Gironde surveille. Sébastien Lecornu parle de feux « sous contrôle ». On respire. Jusqu’au prochain épisode, dans trois semaines, peut-être moins. Parce que la France a ce talent particulier de gérer les crises dans l’urgence avec une énergie remarquable, puis d’oublier de s’en prémunir.
Pourtant, les armées sont là, chaque été, en première ligne. Des soldats du génie, des unités spécialisées, des moyens aériens militaires. Mobilisés. Efficaces. Et totalement absents des grandes discussions budgétaires sur la prévention. On dépense sans compter dans le feu de l’action — c’est le cas de le dire — mais on refuse d’investir en amont dans une capacité de réponse planifiée, dotée, évaluée.
La Suède, pays pourtant moins exposé que nos régions méditerranéennes, a intégré depuis plus de dix ans ses forces armées dans un dispositif civil-militaire de gestion des risques naturels. Budget dédié, équipements pré-positionnés, chaîne de commandement claire. En France ? On improvise, on réquisitionne, on débriefe — et on recommence l’année suivante.
Force est de constater qu’aucune ligne de la Loi de Programmation Militaire (LPM) actuelle ne traite sérieusement de ce continuum défense-sécurité intérieure face aux risques climatiques. C’est un angle mort budgétaire qui coûte cher.
La LPM ne peut pas tout ignorer du risque territorial
La LPM 2024-2030 mobilise 413 milliards d’euros sur sept ans. Un effort historique, salué à juste titre. Mais cet effort est presque exclusivement orienté vers les menaces extérieures : haute intensité, espace, cyber, indo-pacifique. Soit. Ces menaces sont réelles. Mais la défense du territoire, c’est aussi protéger ses forêts, ses populations, ses infrastructures contre des risques devenus quasi-permanents.
Imaginez un instant que l’on consacre 0,1 % de l’enveloppe LPM — soit 413 millions d’euros — à des capacités militaires de lutte contre les feux : drones de surveillance thermique, véhicules blindés légers adaptés au débroussaillage, pré-positionnement de génie en zones à risque. Ce ne serait pas de l’argent dépensé, ce serait de l’argent économisé. L’Allemagne, elle, a su intégrer ce type de double usage civil-militaire dans la réforme de sa Bundeswehr. Pas la France.
On peut se demander combien de milliards en destructions, en relogements, en reconstructions d’infrastructures publiques, la France aurait évité depuis dix ans avec une telle approche. La réponse est vertigineuse.
Souveraineté, c’est aussi ne pas brûler
La souveraineté stratégique ne se joue pas uniquement dans les étoiles ou dans les fonds marins. Elle se joue aussi dans les massifs de Provence, dans les pinèdes girondines, dans les garrigues varoises.
Un État souverain, c’est un État capable de protéger son territoire sous toutes ses formes. Pas seulement d’une frappe ennemie, mais aussi d’une catastrophe prévisible. L’été 2026 nous rappelle, une fois de plus, que la chaleur et le vent n’attendent pas les arbitrages budgétaires.
Il est temps d’inscrire dans la LPM une capacité militaire de réponse aux risques naturels majeurs. Chiffrée, planifiée, évaluée. Pas bricolée dans l’urgence un dimanche de canicule.


