Ormuz, pétrole, défense : l’addition que personne ne veut payer

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Ormuz, pétrole, défense : l'addition que personne ne veut payer
Ormuz, pétrole, défense : l'addition que personne ne veut payer | Armees.com

Le détroit d’Ormuz est redevenu une arme géopolitique entre les mains de Trump, qui menace d’en faire payer le passage. Pendant ce temps, le pétrole flambe de 5%, la Chine ralentit, et la France défile. Il est temps de regarder la réalité en face : la sécurité des routes commerciales mondiales a un prix, et l’Europe n’a toujours pas décidé si elle allait le payer.

40 à 50 %

Part du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz attribuable à l’Iran depuis le 18 juin 2026, contre 10 à 15 % avant la guerre — une donnée qui explique à elle seule la flambée des prix.

Ormuz : quand la géopolitique envoie la facture

Ce que Donald Trump vient de faire en déclarant la reprise du blocage américain du détroit d’Ormuz n’est pas une décision de politique étrangère ordinaire. C’est une reconfiguration brutale de l’ordre maritime mondial. Lorsque 40 à 50 % du pétrole qui sort du Golfe est d’origine iranienne, bloquer le détroit ne punit pas seulement Téhéran — cela frappe l’ensemble des économies dépendantes de cette voie d’eau, à commencer par les européennes.

Force est de constater que l’Europe découvre, comme à chaque crise, qu’elle n’a pas les moyens navals de protéger ses propres intérêts. La mission Aspides en mer Rouge, lancée en grande pompe en 2024, a démontré l’incapacité structurelle des marines européennes à projeter une puissance durable et dissuasive. Nous escortons des tankers sous couverture américaine, nous négocions nos approvisionnements sous protection américaine, et nous osons nous appeler des puissances souveraines. La hausse de 5 % du baril de pétrole enregistrée ce 14 juillet n’est pas un accident : c’est le coût de notre dépendance stratégique, présentée en facture immédiate.

Le défilé du 14-Juillet ne suffit pas à faire une politique de défense

À Paris, Emmanuel Macron a organisé ce qu’il décrit lui-même comme un défilé « hors norme » pour son dernier 14-Juillet en tant que président. Les images sont belles, le message est clair : la France est une puissance militaire. Mais entre la mise en scène et la réalité des capacités, il y a un écart que les budgets ne comblent pas encore.

Je ne minimise pas les efforts accomplis depuis 2017. La Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans — un effort réel, inédit depuis des décennies. Mais regardons ce que font nos voisins : la Pologne consacre désormais 4 % de son PIB à la défense et s’est imposée comme un acteur de référence en matière de surveillance terrestre et de défense de flanc oriental. Les Pays-Bas et l’Allemagne ont tous deux voté des augmentations budgétaires d’urgence supérieures à leurs engagements OTAN antérieurs. La France, elle, atteindra péniblement les 2 % du PIB en 2025. C’est le minimum syndical, pas une ambition de grande puissance.

L’industrie de défense française : une chance à ne pas gaspiller

Il y a pourtant une bonne nouvelle dans ce tableau sombre : l’industrie française de défense est compétitive, exportatrice, et stratégiquement positionnée. Le défilé militaire, comme le rappelle RFI, est aussi une vitrine commerciale. Dassault, MBDA, Naval Group, Thales — ces groupes incarnent une filière qui fait travailler 200 000 personnes et génère des excédents commerciaux que peu de secteurs français peuvent revendiquer.

Mais encore faut-il que l’État commanditaire soit un client fiable, un financeur constant, et non un donneur d’ordre qui reporte, étale, annule au gré des contraintes budgétaires générales. L’industrie de défense ne peut pas planifier sur dix ans si les commandes publiques fluctuent au rythme des déficits. C’est là le vrai sujet : non pas combien on dépense pour la défense, mais combien on dépense bien, avec cohérence, prévisibilité et exigence de résultats.

Le détroit d’Ormuz brûle, le pétrole monte, la Chine ralentit et l’Ukraine achète des drones chinois avec des fonds européens. La question n’est plus de savoir si l’Europe doit investir massivement dans sa défense. Elle est de savoir si elle en est encore capable.

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