Intelligence artificielle : Google et Amazon face à l’explosion de leur empreinte carbone

Les rapports de durabilité de Google et Amazon révèlent une explosion de leurs émissions de CO2, directement liée au déploiement massif de l’intelligence artificielle. Avec des hausses respectives de 25% et 16%, les deux géants voient leurs objectifs de neutralité carbone s’éloigner dangereusement, tandis que la consommation énergétique de leurs centres de données atteint des niveaux comparables à celle de pays entiers.

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Intelligence artificielle : Google et Amazon face à l’explosion de leur empreinte carbone © Armees.com

Les rapports de durabilité publiés cette semaine par Google et Amazon révèlent une réalité qui commence à inquiéter les observateurs du secteur technologique : les émissions de CO2 de ces deux géants ont bondi respectivement de 25% et 16% en un an. Si aucune des deux entreprises ne désigne explicitement l’intelligence artificielle comme responsable, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La consommation électrique des centres de données, l’achat massif de processeurs graphiques et la construction effrénée d’infrastructures convergent vers une seule explication. La course à l’intelligence artificielle se paie au prix fort sur le plan environnemental, et les objectifs de neutralité carbone s’éloignent dangereusement.

Google a enregistré une augmentation de 37% de sa consommation électrique annuelle en 2025, la plus forte de son histoire. Ses centres de données ont absorbé plus de 42 millions de mégawattheures d’électricité, contre 30,6 millions l’année précédente. Un niveau comparable à la consommation de pays entiers comme la Nouvelle-Zélande, le Danemark ou le Nigeria. Amazon, de son côté, a installé en 2025 davantage de capacités de centres de données que n’importe quelle autre société au monde, avec plus de 1,2 gigawatt ajouté au seul quatrième trimestre.

La ruée vers les infrastructures d’IA dévore l’électricité disponible

Kara Hurst, directrice du développement durable chez Amazon, a confirmé lors d’un entretien avec Semafor que la tendance n’était « pas une histoire d’un an » et que les émissions continueraient probablement à augmenter pendant plusieurs années. « La disponibilité de l’électricité est un défi actuellement », a-t-elle reconnu, évoquant les goulots d’étranglement liés aux autorisations et à l’interconnexion au réseau. Ars Technica rapporte que Google a signé en 2025 des contrats d’achat représentant 12 gigawatts d’énergie propre, un record annuel, mais insuffisant pour compenser l’explosion de la demande.

Paradoxalement, Google et Amazon parviennent à contenir leurs émissions directes grâce à des années d’investissement dans les énergies renouvelables. Google affirme même avoir réduit ses émissions opérationnelles de 2% malgré l’explosion de sa consommation électrique. Le véritable problème réside dans les émissions de Scope 3, celles qu’une entreprise ne contrôle pas directement : achat de processeurs graphiques, construction de centres de données, utilisation de leurs produits. Chez Google, ces émissions ont augmenté de 2,1 millions de tonnes métriques l’an dernier, soit le double de leur niveau de 2019. Amazon a enregistré une progression de 20% de ses émissions de chaîne d’approvisionnement, qui représentent les trois quarts de son empreinte carbone totale. Au total, l’empreinte carbone d’Amazon s’est élevée à 80,8 millions de tonnes métriques en 2025, contre 69,5 millions en 2024.

Les puces et le béton, responsables cachés de la pollution

La production de semi-conducteurs, indispensables au fonctionnement de l’intelligence artificielle, consomme des quantités colossales d’énergie. La plupart des usines de fabrication de puces de pointe se situent en Asie, où les réseaux électriques restent largement alimentés par des combustibles fossiles. Selon l’analyse de TechCrunch, les produits chimiques utilisés dans ces installations sont également des gaz à effet de serre puissants, capables de réchauffer l’atmosphère des milliers de fois plus qu’une quantité équivalente de CO2.

La construction des centres de données constitue un autre facteur aggravant. Les industries de l’acier et du ciment, matériaux de base de ces infrastructures, figurent parmi les plus polluantes au monde. Bien que des startups travaillent sur des approches à faible émission ou neutres en carbone, elles ne sont pas encore en mesure de fournir à l’échelle requise par les géants technologiques. Kara Hurst a d’ailleurs souligné que les matériaux de construction des centres de données étaient devenus un problème majeur, poussant Amazon à intensifier ses investissements dans l’acier et le béton à faible teneur en carbone.

Le retour inquiétant aux centrales au gaz

Face à l’appétit insatiable en électricité de l’intelligence artificielle, les entreprises technologiques commencent à faire marche arrière sur leurs engagements climatiques. Google a investi massivement dans des centrales au gaz naturel pour répondre aux besoins de ses centres de données. En avril 2026, l’analyste Michael Thomas, PDG de la plateforme Cleanview, a révélé qu’un investissement de 40 milliards de dollars de Google dans des centres de données au Texas incluait un campus potentiellement alimenté par une centrale au gaz naturel de 933 mégawatts sans technologie de capture du carbone. Les turbines de cette installation pourraient produire 4,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an.

Bien que Google ait déclaré ne pas avoir encore signé d’accord sur la quantité d’électricité que son centre de données pourrait tirer de cette centrale, la tendance est révélatrice. Pendant des années, les émissions de ces entreprises provenaient principalement de l’énergie nécessaire aux bureaux et à des centres de données de taille modeste, facilement compensées par l’achat d’électricité renouvelable. L’IA a bouleversé cette approche, comme le montre l’intensification technologique dans d’autres domaines stratégiques.

Des objectifs de neutralité carbone qui s’éloignent

Amazon s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040, le délai le plus ambitieux parmi ses pairs de la Big Tech compte tenu de son vaste réseau d’opérations commerciales. Google vise également le zéro émission nette dans les années à venir. Pourtant, les rapports de durabilité reconnaissent que le chemin vers ces ambitions climatiques ne sera « pas linéaire », compte tenu du fait que le déploiement des infrastructures d’IA s’accélère actuellement plus rapidement que la décarbonation du réseau électrique.

Pour respecter leurs engagements, les deux entreprises devront multiplier leurs achats d’énergies renouvelables, investir massivement dans la fabrication avancée d’acier et de ciment, et acquérir plusieurs millions de tonnes de crédits d’élimination du carbone. Un programme colossal qui nécessitera des ajustements sérieux, et potentiellement coûteux, de leurs modèles d’affaires. Amazon, Microsoft, Google et d’autres prévoient de dépenser 725 milliards de dollars cette seule année 2026 dans leurs projets d’IA, une somme qui pourrait encore aggraver leur empreinte environnementale.

Les réseaux électriques sous tension

Au-delà des préoccupations climatiques, la demande électrique explosive de l’intelligence artificielle fait peser des risques croissants sur les infrastructures énergétiques. Les réseaux électriques, déjà sous tension dans de nombreuses régions, pourraient peiner à absorber la charge supplémentaire imposée par les centres de données. Kara Hurst a mentionné que la modernisation du réseau figurait parmi les défis majeurs, aux côtés de la disponibilité de l’électricité et des questions d’autorisation.

Les experts s’inquiètent également de la concentration géographique de ces installations. Lorsque des dizaines de centres de données se regroupent dans une même région pour bénéficier d’avantages fiscaux ou d’une proximité avec des sources d’énergie, ils peuvent saturer les capacités locales et provoquer des tensions sur le réseau. CNBC a rapporté que le changement climatique lui-même devient une menace pour le développement des centres de données, les phénomènes météorologiques extrêmes étant désormais une cause majeure de dommages et de pertes pour de nombreux opérateurs.

Le pari risqué du nucléaire avancé

Face à ces défis, les entreprises misent sur des percées technologiques futures. Google a investi plus de 3,8 milliards de dollars entre 2010 et 2025 dans des technologies énergétiques avancées, notamment le nucléaire avancé, la fusion, la géothermie améliorée, le stockage d’énergie de longue durée et le gaz naturel avec capture et stockage du carbone. Ces investissements devraient permettre de mettre en ligne 7,5 gigawatts d’énergie propre.

Kara Hurst d’Amazon se tourne également vers des innovations « catalytiques » telles que le nucléaire avancé à petite échelle pour briser le cycle des émissions des centres de données. Toutefois, tout plan reposant sur des percées nucléaires dans des délais serrés comporte des risques considérables. La directrice du développement durable reste néanmoins confiante quant à l’atteinte de la neutralité carbone dans les temps : « 2040 est un objectif vraiment ambitieux, mais nous fonçons vers lui. Je ne vois aucune alternative », a-t-elle déclaré. L’innovation technologique rapide dans d’autres secteurs stratégiques montre que les délais peuvent être raccourcis, mais rien ne garantit que le nucléaire avancé tiendra ses promesses.

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