Pendant que le tunnelier du Grand Paris avance « moins vite qu’un escargot » à 25 mètres sous terre, l’Europe se réveille trop tard face aux véhicules hybrides chinois qui contournent ses surtaxes. Deux images qui illustrent parfaitement notre rapport collectif à la dépense stratégique : lent, coûteux, et perpétuellement en retard. La défense nationale mérite mieux que cela.
Quand l’Europe court après les chars chinois… en voiture électrique
L’information est passée presque inaperçue dans le fracas médiatique de cette fin juin 2026, mais elle mérite qu’on s’y arrête. La Commission européenne s’apprête à étendre ses surtaxes aux véhicules hybrides rechargeables chinois, après avoir constaté que les constructeurs de Pékin avaient simplement contourné les barrières imposées sur les véhicules 100% électriques. Le message est limpide : face à une puissance industrielle et stratégique qui avance vite, l’Europe réagit lentement, à coups de règlements, de commissions d’enquête et de rapports contre-rapports.
Ce n’est pas un détail anecdotique pour les lecteurs d’Armées.com. Derrière la guerre commerciale sur les automobiles, c’est bien la question de la souveraineté industrielle qui se pose — et donc, in fine, celle de la capacité à produire et à maintenir une industrie de défense compétitive. La Chine ne construit pas seulement des voitures. Elle construit des navires de guerre, des drones, des satellites, à une cadence que nos démocraties peinent à imiter. Pendant ce temps, nos industriels de défense européens naviguent entre normes environnementales contradictoires, pénuries de matières premières et délais de commandes publiques qui feraient rougir n’importe quel directeur industriel.
Force est de constater que la réponse européenne ressemble trop souvent à une posture défensive, réactive, tardive. Exactement ce qu’on ne veut pas dans une stratégie militaire digne de ce nom.
Le Grand Paris, métaphore de notre rapport à la dépense stratégique
Le reportage du Figaro sur le tunnelier de la ligne 15 du Grand Paris mérite, lui aussi, une lecture stratégique. Cette machine de 130 mètres avance à moins d’un escargot — 1 kilomètre depuis octobre — pour un chantier dont les dépassements de coûts et de délais sont devenus la norme. Le Grand Paris Express, initialement estimé à 22 milliards d’euros, flirte désormais avec les 45 milliards. Doublement du coût, rallongement des délais : bienvenue dans la gestion de projet à la française.
Je ne cite ce chantier civil que parce qu’il illustre un mal profond qui touche aussi les programmes d’armement. Le programme SCAF, le futur char MGCS, les sous-marins nucléaires de nouvelle génération : tous accumulent des retards et des surcoûts qui rongent la crédibilité opérationnelle de nos armées. Quand un pays comme la Pologne consacre 3,1% de son PIB à sa défense et commande des F-35 et des chars Abrams en quelques mois, on mesure le fossé qui se creuse avec une France qui atteint péniblement 2,1% et reste enlisée dans des processus d’acquisition dignes d’une autre époque.
L’Iran nous rappelle que le monde réel n’attend pas
Pendant que nous débattons de nos intertitres budgétaires, le monde, lui, s’embrase. La répression iranienne s’intensifie à l’abri des discussions nucléaires. Les tensions au Moyen-Orient rappellent que la géopolitique n’attend pas les commissions parlementaires ni les audits de la Cour des comptes.
La vraie question, celle que doivent se poser nos décideurs politiques et nos états-majors, est simple : sommes-nous capables de dépenser notre budget de défense avec l’efficacité qu’exige le tempo du monde en 2026 ? Pas dépenser plus, d’abord. Dépenser mieux. Moins de tunneliers qui avancent comme des escargots, plus de capacités opérationnelles livrées à temps.
L’histoire ne fait pas de pause pour les nations qui administrent leur sécurité comme un dossier de plus dans un tiroir.








