Le 22 juin 2026, à Canberra, Ottawa et Canberra ont signé un accord gouvernemental autour d’un radar Over-the-Horizon destiné au programme Arctic Over-the-Horizon Radar, ou A-OTHR. Selon le gouvernement canadien, Stephen Fuhr, secrétaire d’État à l’Approvisionnement militaire, a conclu l’arrangement avec Richard Marles, vice-Premier ministre et ministre australien de la Défense. Toutefois, le contrat dépasse la simple acquisition, car il associe aussi BAE Systems Australia, qui doit commencer le travail le 1er juillet 2026, avec une capacité opérationnelle initiale visée en décembre 2029, selon l’Agence canadienne d’investissement pour la défense. En amont, le même communiqué rappelle qu’Ottawa avait annoncé, le 18 mars 2025, un plan de plus de 6 milliards de dollars pour l’A-OTHR.
Un radar australien, un contrat record pour la défense du Canada
Le radar vendu à Ottawa s’appuie sur une technologie OTHR issue du Jindalee Operational Radar Network, longtemps exploité pour surveiller les approches aériennes et maritimes australiennes. L’accord représente 2,5 milliards de dollars australiens, soit 1,75 milliard de dollars américains, et environ 1,5 milliard d’euros. En parallèle, l’Agence canadienne indique un engagement de 2,5 milliards de dollars auprès de l’Australie pour acquérir cette capacité. Ainsi, la dimension financière confirme un basculement stratégique : selon le ministère australien de la Défense, il s’agit de la plus importante exportation militaire jamais réalisée par Canberra, et de la première vente internationale de cette technologie. Le précédent record australien concernait, en 2024, un contrat de 700 millions de dollars pour 100 véhicules Boxer destinés à l’Allemagne.
Pour le vendeur, le radar est aussi un outil d’influence industrielle. Richard Marles a présenté l’accord comme « le plus grand accord d’exportation de défense de l’histoire australienne », selon le communiqué du gouvernement australien. Anthony Albanese a, de son côté, salué « un jalon important dans le commerce militaire australien », selon la même source officielle. Cependant, l’intérêt n’est pas seulement diplomatique : le projet doit soutenir environ 300 emplois techniques à haute valeur dans le pays exportateur, tandis que l’Agence canadienne estime que l’A-OTHR contribuera à près de 290 millions de dollars par an au PIB local et soutiendra environ 2 270 emplois par an entre 2026 et 2033. En outre, cette industrialisation oblige les deux partenaires à organiser transfert de savoir-faire, maintenance et montée en compétence autour d’un radar très spécialisé. Ce choix donne à l’Australie une vitrine rare auprès du Canada, car le radar n’est plus seulement vendu comme équipement, mais comme architecture évolutive capable d’être adaptée aux besoins opérationnels du Nord.
Comment ce radar de BAE Systems voit au-delà de l’horizon
Un radar classique reste limité par la ligne de vue et par la courbure de la Terre. Le radar transhorizon contourne cette contrainte en utilisant des ondes électromagnétiques à haute fréquence, réfractées par l’ionosphère, afin de détecter des objets situés à des milliers de kilomètres, selon BAE Systems Australia. Autrement dit, le système n’attend pas qu’un appareil ou un bâtiment naval entre dans une zone proche. Il cherche plus loin, plus tôt, et surtout sur de très grands volumes. Le réseau JORN peut suivre avions, navires et missiles jusqu’à 3 000 kilomètres, soit 1 864 milles. Cette distance change la logique d’alerte, car elle donne aux états-majors un temps de décision plus large avant qu’une menace n’approche des infrastructures sensibles.
BAE Systems Australia met en avant plus de 40 ans d’expertise et d’innovation dans cette capacité. L’entreprise soutiendra les deux gouvernements pour l’installation, l’exploitation, la modernisation et le maintien en condition du radar destiné au Nord. Son directeur général, Craig Lockhart, affirme que l’exportation de cette capacité offre « une occasion importante » aux industries australienne et canadienne, selon BAE Systems Australia. Par ailleurs, le groupe agira comme partenaire industriel du programme et que la technologie exploite des ondes haute fréquence réfléchies par l’ionosphère pour détecter des objets à plusieurs milliers de kilomètres. De fait, l’intérêt du radar tient autant au capteur qu’à l’écosystème logiciel, aux opérateurs formés et aux procédures de fusion des données.
Pourquoi ce radar compte pour le Canada et l’Arctique
Le Canada veut placer ce radar au cœur de sa défense arctique. L’Agence canadienne décrit l’A-OTHR comme une capacité de surveillance à longue portée, conçue pour détecter et suivre des menaces aériennes et maritimes approchant les régions nordiques et arctiques. De plus, l’Arctique représente environ 40 % de la masse terrestre canadienne, dans une zone vaste, peu peuplée et pauvre en infrastructures. Le radar devient donc un capteur de souveraineté : il doit donner plus de temps aux Forces armées canadiennes et au NORAD pour comprendre, décider et répondre. Surtout, cette couverture éloignée doit compléter les moyens existants, car aucun patrouilleur, satellite ou avion de veille ne peut, seul, tenir en permanence un espace aussi étendu.
L’enjeu est aussi allié. Le Canada et l’Australie appartiennent au réseau Five Eyes, avec les États-Unis, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, et que Mark Carney avait choisi la solution australienne plutôt que des technologies américaines comparables. Ainsi, ce radar ne sert pas seulement à voir loin : il doit connecter industrie, renseignement et commandement dans un Nord où la détection précoce devient une condition de crédibilité militaire. Enfin, le programme doit nourrir la modernisation du NORAD, puisque le gouvernement canadien rappelle que ce chantier constitue la première grande capacité dont Ottawa dirige le développement dans ce commandement binational.








