Le complexe ferroviaire de missiles de combat russe, connu sous le nom de projet Bargouzine, représente une innovation stratégique qui pose plusieurs questions sur la dissuasion nucléaire. Déguisé en train ordinaire, ce vecteur mobile et difficile à repérer pourrait changer la donne pour la stratégie de dissuasion russe. Avec l’expiration du traité New START entre les États-Unis et la Russie, la pertinence de ce projet revient sur le devant de la scène internationale.
Ce qui le rend stratégique
Le Bargouzine se présente comme un train banal, avec des wagons réfrigérés et sans signes distinctifs, circulant sur les immenses réseaux ferroviaires russes. Sous cette apparence anodine, chaque convoi embarque six missiles balistiques intercontinentaux RS-24 Yars, chacun pouvant emporter jusqu’à quatre ogives nucléaires, explique le Sciencepost. Autrement dit, un seul train peut transporter potentiellement 24 ogives nucléaires, ce qui complique sérieusement la tâche des services de renseignement adverses.
Une division complète de cinq trains pourrait donc transporter jusqu’à 120 ogives nucléaires.
Le principe est simple : en cas de crise, ces trains peuvent se disperser sur les 85 200 km de voies du réseau ferroviaire russe. En longueur, cela revient à faire deux fois le tour de la Terre. Avec une vitesse de 80 km/h et la possibilité de se fondre parmi des milliers de trains commerciaux, le Bargouzine devient une sorte d' »aiguille dans une botte de foin à l’échelle continentale ».
Du concept à l’action possible
Le Bargouzine s’inspire d’un ancien programme soviétique qui, de 1984 à 1994, avait aussi déployé des trains équipés de missiles balistiques RS-22, une avancée technologique. Ce système fut abandonné en 1994 dans le cadre des accords de réduction des armements nucléaires.
Les ambitions de réintroduire ce type de plateforme sont réapparues en 2012, quand l’Institut de technologie thermique de Moscou a lancé le développement du Bargouzine. Un schéma de conception a été approuvé fin 2014, puis le premier test réussi de largage de missile a eu lieu à Plesetsk en octobre 2016.
L’entrée en service était prévue pour 2019, mais la contraction de l’économie russe, aggravée par les sanctions internationales et la chute des prix du pétrole, a fait s’effondrer le financement dès 2014. Moscou a finalement gelé le projet en 2017, pour donner la priorité à d’autres programmes comme le missile Sarmat.
Pour autant, le ministère russe de la Défense a déclaré en 2019 ne pas avoir définitivement enterré le Bargouzine. Des essais complémentaires et des travaux de conception ont été menés, et une remise en état pourrait être envisagée rapidement si la situation géopolitique l’exigeait.








