Si l’armée israélienne est aujourd’hui en pointe, ce n’est pas un accident. C’est le produit d’une culture forgée dès les années 1930, bien avant la création de l’État, autour d’un concept central exploré par Gil Mihaely dans son ouvrage La culture du combat en Israël (collection de Raphaël Chauvancy) : le modèle du commando.
L’héritage de Wingate : « L’alphabet opérationnel »
Le manuscrit révèle que l’infanterie israélienne est littéralement « née avec le battle drill ». Sous l’influence du capitaine britannique Orde Wingate, les forces juives de la Haganah ont intégré dès 1936 une doctrine révolutionnaire via les Special Night Squads (SNS). Wingate a imposé des principes qui sont aujourd’hui le standard des forces spéciales mondiales: l’offensive proactive, qui consiste à passer de la garde statique à la traque nocturne pour frapper l’ennemi là où il se croit en sécurité ; l’autonomie tactique, soit des petites unités mobiles (parfois seulement dix hommes) capables d’agir sans ordres explicites grâce à des réflexes automatisés par l’entraînement ; le commandement de proximité où un chef tire sa légitimité de son exemplarité sur le terrain plutôt que de son grade.
Un laboratoire de l’innovation face au chaos
Ce modèle, prolongé par des unités mythiques comme l’Unité 101 d’Ariel Sharon ou les parachutistes, a fait d’Israël un « laboratoire humain de l’innovation tactique ». Là où les armées occidentales privilégiaient des structures lourdes et une discipline formelle (salut, tenue, parades), Israël a très tôt sanctuarisé la discipline opérationnelle : l’efficacité au combat prime sur tout le reste. Aujourd’hui, face à la guerre en Ukraine ou aux menaces hybrides, ce modèle fondé sur la vitesse, l’agilité et l’intégration pragmatique de la technologie revient au cœur des réflexions stratégiques occidentales. Comme le note Gil Mihaely, le conflit ukrainien force désormais les armées classiques à s’ouvrir à ce « désordre créatif » venu d’en bas pour survivre.
Le revers de la médaille : l’excellence tactique sans stratégie
Toutefois, l’ouvrage pose un avertissement crucial. Cette culture du commando, qui valorise l’action immédiate, l’audace (la houtspe) et le court terme, a un prix. Le manuscrit souligne un paradoxe persistant entre une excellence tactique absolue, marquée par une capacité inégalée à gagner des batailles, et une relative faiblesse stratégique se traduisant par une difficulté récurrente à transformer ces succès en vision politique de long terme. En résumé, le modèle israélien est celui d’une armée qui sait parfaitement « conjurer le désordre par la répétition ». Mais comme le conclut l’analyse de Gil Mihaely, si la guerre moderne se gagne avec des commandos agiles, elle risque de se perdre si l’obsession de l’ordre tactique finit par occulter la nécessité d’une stratégie politique globale.
Pour se procurer le livre : https://www.va-editions.fr/la-culture-du-combat-en-israel-c2x42759711









