« Je préfère faire de la prison » : des soldats russes s’accusent eux-mêmes de désertion pour éviter de retourner au front en Ukraine

Des soldats russes choisissent de se livrer aux autorités pour fuir un front meurtrier.

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« Je préfère faire de la prison » : des soldats russes s'accusent eux-mêmes de désertion pour éviter de retourner au front en Ukraine
« Je préfère faire de la prison » : des soldats russes s’accusent eux-mêmes de désertion pour éviter de retourner au front en Ukraine © Armees.com

Le conflit en Ukraine monte en intensité et pousse certains soldats russes à des stratégies désespérées. Depuis la signature du décret n° 647 par Vladimir Poutine, les possibilités de quitter le front se sont nettement réduites. Face à ces contraintes, certains militaires préfèrent se faire arrêter pour désertion plutôt que de revenir sur le champ de bataille.

Une pratique qui inquiète chez les soldats russes

Des enquêtes du média Mediazona montrent une tendance surprenante : un nombre croissant de soldats choisissent volontairement de se livrer aux autorités pour désertion, en espérant la prison plutôt qu’un retour au combat. Ce choix s’explique surtout par la volonté de sauver sa peau devant la violence du front et par l’absence de motifs légaux suffisants pour quitter les rangs.

Le décret n° 647, signé en septembre 2022, limite les raisons autorisées pour quitter le service : atteindre 65 ans, souffrir de graves problèmes de santé, ou être l’objet d’une condamnation pénale. Pour beaucoup, la détention paraît une échappatoire plus sûre que de prendre le risque de mourir au front. Des chaînes Telegram et des projets comme Tverdy znak ont mis cette tendance en lumière.

Des récits personnels qui parlent du désespoir

Le cas d’Anton Putyatov, ancien professeur d’anglais à Iekaterinbourg, illustre bien la détresse qui pousse certains à choisir la prison. Marié et père d’un nouveau-né, Anton s’est engagé volontairement au début de l’invasion ukrainienne en février 2022, mais a tenté plusieurs fois de se dénoncer pour désertion afin d’éviter la mobilisation près de Pokrovsk, dans l’oblast de Donetsk. Ses démarches ont pour l’instant abouti à son placement en camp de détention.

Son choix s’inscrit dans un quotidien militaire chaotique : abris sous tente, accès limité aux ressources de première nécessité, et conditions de vie difficiles. Les soldats subissent bagarres, passages à tabac et violences omniprésentes, ce qui renforce leur envie de fuir cette réalité.

Ce que dit la loi et ce que font les avocats

La désertion en période de mobilisation peut être lourdement punie : de cinq à quinze ans de prison selon l’article 337 du Code pénal russe. Pourtant, même quand certains sont formellement inculpés, beaucoup sont rapidement renvoyés au front par leurs commandants, ce qui bouscule le déroulement des procédures judiciaires. D’après des avocats spécialisés, les enquêtes sont souvent suspendues dès que l’accusé repart en service actif, rendant la mise en œuvre de la justice compliquée.

Des groupes d’avocats cherchent à orienter les dossiers vers les tribunaux pour empêcher ces retours au front, mais cette démarche ne réussit qu’environ 20 % des cas. L’objectif affiché est d’améliorer la visibilité de ces affaires et d’assurer une meilleure protection des droits des soldats mobilisés.

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