Le Mali traverse l’une des crises sécuritaires les plus graves depuis l’avènement de la junte militaire en 2020. Le samedi 25 avril, les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont orchestré une offensive coordonnée avec les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) contre les positions stratégiques du régime militaire. Cette attaque d’une ampleur inédite a emporté la vie de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale de la junte dirigée par le général Assimi Goïta.
L’assaut s’est déployé simultanément contre plusieurs cibles névralgiques : le siège présidentiel, la résidence ministérielle à Kati, l’aéroport international de Bamako ainsi que divers sites militaires. Cette coordination stratégique révèle une capacité opérationnelle remarquable des groupes insurgés, qui ont exploité avec une précision chirurgicale les failles du dispositif sécuritaire malien.
La mort du ministre de la Défense, coup dur pour la junte
Sadio Camara, âgé de 47 ans, a trouvé la mort lors de l’attaque menée contre sa résidence dans la ville-garnison de Kati. Cet officier formé en Russie incarnait une génération de militaires convaincus que la reconquête de la souveraineté nécessitait une rupture définitive avec les partenaires occidentaux. La junte a confirmé son décès dimanche soir lors du journal télévisé de l’ORTM, évoquant une attaque au véhicule kamikaze et décrétant un deuil national de deux jours.
« Dans l’attaque de Kati, le ministre Camara a été tué ainsi que sa seconde épouse« , a confié un membre de sa famille à l’AFP. Cette perte constitue un revers stratégique majeur pour le régime militaire, Camara étant considéré comme l’un des architectes du système instauré depuis les coups d’État de 2020 et 2021. Il demeurait également l’artisan principal du rapprochement avec Moscou et de l’arrivée des mercenaires russes de Wagner, désormais rebaptisés Africa Corps.
Une offensive coordonnée d’ampleur exceptionnelle
L’attaque du 25 avril marque un tournant tactique décisif dans la stratégie des groupes insurgés. Pour la première fois, les djihadistes du JNIM et les séparatistes touaregs du FLA ont synchronisé leurs actions pour frapper simultanément le cœur névralgique du pouvoir. Dans un communiqué diffusé samedi soir, le JNIM a revendiqué cette victoire, soulignant le travail acharné et la coordination exemplaire avec ses « frères » du FLA.
Les combats ont éclaté dès l’aube dans plusieurs localités stratégiques, notamment Bamako et sa périphérie autour de l’aéroport international, Kati, fief de la junte militaire, Kidal, bastion historique de la rébellion touareg dans le nord, ainsi que Gao et Sévaré, villes importantes du nord et du centre du pays.
Selon les autorités maliennes, ces affrontements ont causé seize blessés civils et militaires, entraînant des « dégâts matériels limités« . Néanmoins, l’intensité des combats et leur coordination géographique témoignent d’une capacité opérationnelle considérablement renforcée des groupes insurgés.
Kidal, un bastion qui change de mains
La situation dans la ville de Kidal illustre parfaitement les bouleversements géopolitiques en cours. Cette cité septentrionale du Mali, bastion traditionnel de la rébellion touareg, avait été reconquise en novembre 2023 par l’armée malienne appuyée par les combattants russes de Wagner. Cette reprise constituait l’un des succès emblématiques mis en avant par les autorités de transition.
Dimanche 26 avril, les rebelles touaregs ont annoncé être parvenus à un « accord » permettant aux soldats russes de l’Africa Corps de se retirer de Kidal. « Un accord a été conclu pour permettre à l’armée et à ses alliés d’Africa Corps de quitter le camp 2, où ils étaient retranchés depuis hier« , a déclaré à l’AFP un responsable des rebelles touaregs. Cette évolution révèle les limites manifestes de la stratégie sécuritaire adoptée par la junte, malgré l’appui des mercenaires russes.
Un contexte sécuritaire dégradé depuis plus d’une décennie
Le Mali traverse une crise sécuritaire profonde depuis 2012, alimentée par les violences de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, ainsi que par des groupes criminels et indépendantistes. Cette révolte coordonnée constitue l’offensive la plus importante depuis l’arrivée au pouvoir de la junte en 2020.
Les attaques du 25 avril s’inscrivent dans une série d’opérations d’envergure menées par le JNIM. En septembre 2024, le groupe avait déjà revendiqué une double attaque d’une rare ampleur contre l’aéroport militaire de Bamako et l’école de gendarmerie, causant plus de soixante-dix morts et deux cents blessés selon des sources sécuritaires.
Des implications géopolitiques majeures
L’absence remarquée du général Assimi Goïta, chef de la junte, depuis le début des hostilités soulève d’importantes interrogations. Une source sécuritaire malienne a indiqué qu’il « a été exfiltré de Kati dans la journée de samedi et se trouve en lieu sûr« . Ce silence contraste singulièrement avec la communication habituelle du régime et pourrait révéler l’ampleur véritable du défi sécuritaire auquel fait face le pouvoir militaire.
L’Union européenne a fermement condamné ces attaques terroristes dans un communiqué diffusé par les services de Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne. « Nous réaffirmons notre détermination dans la lutte contre le terrorisme, ainsi que notre engagement en faveur de la paix, la sécurité et la stabilité au Mali et dans l’ensemble du Sahel« .
Cette crise met également en lumière les limites criantes de la stratégie sécuritaire adoptée par Bamako depuis le retrait des forces françaises. Malgré l’arrivée des mercenaires russes et les opérations de reconquête territoriale, la capacité des groupes insurgés à coordonner des attaques d’une telle ampleur démontre la persistance des défis sécuritaires. La mort de Sadio Camara, architecte de cette nouvelle orientation géopolitique, ouvre une période d’incertitude pour l’avenir de la stratégie de défense malienne. Cette situation rappelle les défis géopolitiques complexes que rencontrent d’autres nations, comme la guerre en Ukraine où la Corée du Nord soutient la Russie ou encore les tensions diplomatiques en Italie concernant l’accord de défense avec Israël.








