La recherche d’une véritable souveraineté en matière de défense pour l’Union européenne (UE) occupe une place centrale dans les débats. Avec les tensions montantes, notamment en Ukraine, la question prend une importance particulière. Les difficultés identifiées touchent une production industrielle insuffisante, une industrie fragmentée et concurrentielle, ainsi qu’une forte dépendance vis‑à‑vis des États‑Unis. Il devient urgent d’avoir un plan stratégique clair face à ces problèmes.
Moderniser vite l’Europe
En février 2023, un rapport de la commission de la défense de l’Assemblée nationale en France indiquait que la nation épuiserait ses stocks d’armes en « quelques semaines » en cas d’engagement intensif, rapporte Science et Vie. Philippe Gros, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, souligne que même si les armées européennes sont proches de la Russie sur le plan technologique, elles manquent de volumes dans certains domaines logistiques critiques.
La logistique militaire en Europe a été optimisée au minimum pendant des décennies, ce qui réduit la capacité à gérer une forte montée en puissance militaire, soulignant l’importance de la mobilité militaire. À titre d’exemple, l’Ukraine peut tirer jusqu’à 8000 obus de 155 mm par jour, alors que la France n’en produisait que 500 par an entre 2012 et 2017. En 2024, l’objectif de production a été relevé à 100 000 obus, signe de l’adaptation nécessaire pour répondre aux défis actuels.
Matériel et dépendance technologique : où ça coince
Les manques sont clairs en matière de camions, d’avions, de maintenance et de soutien médical, note Léo Péria‑Peigné de l’Ifri. La dépendance vis‑à‑vis des États‑Unis est marquée dans plusieurs domaines, comme le renseignement, la défense sol‑air et la guerre électronique.
Maxime Cordet, expert en défense, affirme que l’UE doit monter en gamme et augmenter sa capacité de production. Pourtant, le goulot d’étranglement industriel persiste : les capacités de production tournaient à 91 % en 2024. Par ailleurs, la pénurie de main‑d’œuvre en France est estimée à 10 000 postes selon la Direction générale de l’Armement.
Passer à une production à grande échelle
Pour dépasser ces blocages, l’Europe doit sortir de l’artisanat pour adopter une vraie économie de guerre, ce qui implique une expansion de la production. Un exemple qui marche : l’achat groupé de 1500 missiles Mistral par neuf pays européens, financé à hauteur de 60 M€ par la Commission européenne.
Pourtant, l’UE reste fragmentée, avec ses six constructeurs de chars et ses trois motoristes d’avions, ce qui empêche d’atteindre la masse critique nécessaire à la rentabilité industrielle, explique Maxime Cordet. Les intérêts nationaux restent prégnants, rendant la coopération difficile, comme le montre le programme franco‑allemand du char du futur (MGCS). Chaque pays protège son industrie et ses emplois, ce qui freine des initiatives vraiment paneuropéennes.








