Selon une analyse du Centre for Research on Energy and Clean Air publiée le 12 mars 2026 et relayée par l’ONG Urgewald, la Russie a généré environ 6 milliards d’euros de revenus provenant des exportations de combustibles fossiles depuis le début des frappes contre l’Iran le 28 février. Les recettes quotidiennes se sont établies autour de 510 millions d’euros par jour, soit 14 % de plus que la moyenne de février, selon cette étude.
Cette augmentation n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un contexte où les prix mondiaux du pétrole ont fortement grimpé. Les tensions au Moyen-Orient ont poussé le baril à près de 119 dollars, soit environ 103 euros, un niveau inédit depuis plusieurs années, selon Reuters.
Le choc pétrolier crée un bonus budgétaire pour Moscou
Si les revenus fossiles russes atteignent désormais environ 510 millions d’euros par jour, la moyenne quotidienne de février était d’environ 447 millions d’euros. Le surplus lié à la crise énergétique actuelle peut donc être estimé à près de 63 millions d’euros par jour. Sur une période d’une douzaine de jours, cela représente environ 750 millions d’euros de recettes supplémentaires pour Moscou.
Dans l’absolu, ce montant reste modeste à l’échelle d’un budget militaire national. Mais dans une guerre d’attrition où les consommations d’armes sont massives et continues, ce type de revenu supplémentaire peut financer une quantité significative d’équipements militaires. Selon Reuters, la Russie prévoit environ 157 milliards de dollars de dépenses de défense pour 2026, soit environ 145 milliards d’euros, ce qui représente près d’un tiers des dépenses publiques fédérales. Dans ce contexte, quelques centaines de millions d’euros peuvent financer plusieurs cycles de production d’armement ou couvrir plusieurs semaines d’opérations de frappe.
Drones : des milliers d’armes supplémentaires
L’exemple le plus parlant concerne les drones d’attaque utilisés massivement par la Russie contre l’Ukraine. Les drones de type Shahed-136, produits en Iran et désormais assemblés en Russie sous le nom de Geran-2, figurent parmi les armes les plus utilisées dans les attaques contre les infrastructures ukrainiennes. Leur coût unitaire est souvent estimé autour de 35 000 dollars, soit environ 30 000 euros, selon Urgevald. À ce prix, le surplus quotidien d’environ 63 millions d’euros généré par la hausse des revenus pétroliers pourrait théoriquement financer plus de 2 000 drones par jour. Sur douze jours de crise énergétique, ce bonus financier représenterait près de 25 000 drones d’attaque supplémentaires.
Ces chiffres restent théoriques, mais ils illustrent un point essentiel : dans une guerre où la saturation par drones joue un rôle central, même un surplus budgétaire limité peut avoir un impact opérationnel réel. Depuis 2023, la Russie privilégie en effet les attaques de masse à bas coût visant à saturer les systèmes de défense aérienne ukrainiens.
Missiles : plusieurs centaines de frappes potentielles
Le surplus pétrolier pourrait aussi financer des missiles de frappe stratégique. Les missiles balistiques Iskander-M, utilisés par l’armée russe contre des cibles militaires et logistiques en Ukraine, sont estimés à environ 2 millions de dollars l’unité, soit environ 1,7 million d’euros. Dans ce cas, les 63 millions d’euros supplémentaires par jour permettraient de financer environ 36 missiles Iskander quotidiennement. Sur une douzaine de jours, cela représenterait plus de 430 missiles balistiques.
Les missiles de croisière Kalibr, souvent utilisés contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, coûtent moins cher. Leur prix est estimé autour de 1 million de dollars, soit environ 860 000 euros. Avec ce type d’armement, le bonus financier quotidien pourrait financer environ 70 missiles Kalibr par jour, soit plus de 850 missiles en douze jours.
Encore une fois, ces chiffres ne correspondent pas à des achats immédiats. Ils donnent toutefois un ordre de grandeur de la capacité financière générée par la hausse du pétrole.








