Le 22 janvier 2026, l’État russe Rostec a officialisé le développement de nouvelles munitions multi-projectiles destinées aux armes individuelles de l’armée russe. Conçues pour être utilisées sans modification sur les fusils de la famille Kalachnikov, ces munitions visent spécifiquement la neutralisation des drones légers engagés en Ukraine, notamment les drones FPV. Cette évolution marque une rupture doctrinale dans l’emploi du fusil d’assaut, désormais pensé comme un outil de lutte anti-drone de premier échelon au sein de l’armée russe.
Des munitions anti-drones intégrées au fusil standard de l’armée russe face aux drones en Ukraine
Les nouvelles munitions baptisées « Mnogotochie » sont développées par « High-Precision Systems », filiale de Rostec, selon une architecture volontairement compatible avec l’armement existant. Deux calibres sont concernés : 5,45×39 mm (SC-226) et 7,62×54 mm (SC-228), correspondant aux standards des fusils Kalachnikov en service dans l’armée russe, selon Rostec et TASS. Ce choix industriel n’est pas anodin. Il permet une intégration immédiate dans la chaîne logistique existante, sans modification des armes ni adaptation des infrastructures de production. Rostec précise que la cartouche utilise une douille standard et une poudre propulsive standard, « ce qui simplifie la production en série dans l’industrie des munitions ». Cette continuité industrielle permet à la Russie de déployer rapidement ces munitions au sein de l’armée, sans rupture de chaîne ni formation technique lourde.
Sur le plan balistique, ces munitions reposent sur un projectile à trois éléments qui se séparent après la sortie du canon. Cette fragmentation contrôlée crée une zone de dispersion élargie, augmentant mécaniquement les probabilités d’interception de cibles aériennes de petite taille, selon les données publiées par Rostec. L’objectif n’est plus la précision linéaire classique, mais la saturation d’un volume aérien. Ce changement de logique transforme le fusil en outil de déni de zone anti-drone à courte portée. Bekkhan Ozdoev, directeur industriel du pôle armement de Rostec, explique dans une déclaration officielle que ces munitions ont été conçues « en tenant compte des réalités du combat moderne, où les mini-drones sont devenus l’une des principales menaces pour les combattants ». Il ajoute que les nouvelles munitions « augmentent cette efficacité 2,5 fois à une distance allant jusqu’à 300 mètres par rapport aux cartouches standards », toujours selon la même source officielle.
Des munitions multi-projectiles pour transformer le fusil Kalashnikov en arme anti-drone
Avec ces nouvelles munitions, le fusil Kalachnikov change de fonction stratégique au sein de l’armée russe. Jusqu’ici, la lutte anti-drone reposait principalement sur des systèmes spécialisés, des armes collectives, des brouilleurs ou des solutions improvisées comme les fusils de chasse. Désormais, chaque fusil devient un outil potentiel de défense anti-drone individuelle. Cette évolution doctrinale est centrale. Rostec précise que « les caractéristiques d’exploitation des armes légères restent inchangées », et qu’aucune modification technique n’est nécessaire sur les armes existantes. Le tir est même possible avec un silencieux monté, ce qui confirme une compatibilité totale avec les configurations opérationnelles actuelles de l’armée russe.
Cette approche permet une diffusion massive de la capacité anti-drone, sans dépendance à des systèmes lourds ou à des plateformes spécialisées. Le soldat équipé d’un fusil standard devient une unité de défense anti-drone mobile. Dans le contexte du conflit en Ukraine, marqué par l’emploi massif de drones FPV, cette logique répond à une contrainte tactique immédiate. Les drones sont rapides, manœuvrables, peu coûteux et déployés en essaims. La réponse russe vise donc une saturation inverse : multiplier les points de tir anti-drone en multipliant les vecteurs individuels. Selon Rostec, les munitions ont déjà fait l’objet d’une « expérimentation opérationnelle » dans la zone de l’opération militaire spéciale, et se sont montrées efficaces contre « des cibles aériennes petites et très manœuvrables », selon le communiqué officiel du 22 janvier 2026.
Les nouvelles munitions sont produites avec les mêmes composants de base que les cartouches classiques, ce qui permet à la Russie de ne pas dépendre de chaînes industrielles spécifiques. Cette logique réduit les coûts, accélère les volumes de production et facilite l’intégration dans les flux logistiques militaires. L’armée n’a pas besoin de créer une filière dédiée : les munitions anti-drone s’insèrent dans le circuit existant. Cette continuité industrielle est un facteur clé de déploiement massif, en particulier dans un conflit de haute intensité comme celui mené en Ukraine.
Une mutation doctrinale de l’armée russe face à la menace drone
Ces munitions traduisent une transformation doctrinale profonde de l’armée russe. Le drone n’est plus considéré comme une menace relevant uniquement de la défense aérienne ou de la guerre électronique. Il devient une cible de l’armement individuel. Cette évolution redéfinit la place du fusil dans la chaîne de combat. Le soldat n’est plus seulement un combattant terrestre : il devient un acteur de la lutte anti-drone de proximité. Cette logique modifie la structuration des unités, l’entraînement, et les modes d’engagement. Le fusil, historiquement conçu pour le combat terrestre, est désormais intégré dans une logique de combat tridimensionnel.








