Référendum en Ecuador : la population dit non à l’armée américaine

Le peuple d’Ecuador a tranché : lors d’un référendum décisif organisé le 16 novembre 2025, la population a rejeté le retour de bases militaires étrangères, et donc de l’armée américaine, sur son territoire. Ce rejet clair redéfinit le rapport de forces entre Ecuador, sa population et les USA, tout en renvoyant à Washington un message politique lourd sur la souveraineté et les limites de la coopération militaire.

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Référendum en Ecuador : la population dit non à l’armée américaine © Armees.com

Le 16 novembre 2025, les électeurs d’Ecuador ont été appelés à se prononcer par référendum sur plusieurs questions à fort enjeu, dont une proposition visant à lever l’interdiction constitutionnelle d’installer des bases militaires étrangères dans le pays. Selon les résultats officiels publiés les 16 et 17 novembre, près de deux tiers des votants ont rejeté ce retour de l’armée étrangère, notamment américaine, malgré une campagne intense du président Daniel Noboa. Ce scrutin, qui concernait aussi une éventuelle nouvelle Constitution, confirme ainsi que l’Ecuador reste, pour l’instant, un territoire sans base militaire étrangère.

Ecuador : un vote de rejet massif lors du référendum

Dans les urnes, le message a été sans ambiguïté : la mesure permettant à des forces étrangères de stationner à nouveau en Ecuador a été battue nettement, alors même que le pays traverse une crise de violence dramatique. Avec environ 90 % des bulletins dépouillés, les premières projections ont montré qu’environ 66 % des électeurs avaient voté non à la question sur les bases militaires étrangères, d’après les chiffres concordants publiés par Reuters et Al Jazeera. Autrement dit, malgré la pression du contexte sécuritaire et les arguments du pouvoir, la population d’Ecuador a choisi le rejet plutôt que l’acceptation d’un retour de l’armée américaine.

Ce référendum ne portait pas seulement sur l’armée étrangère et les USA, mais aussi sur l’architecture institutionnelle d’Ecuador, ce qui a renforcé, d’une certaine manière, la portée politique du vote. Les votants ont également rejeté la convocation d’une assemblée constituante chargée de réécrire la Constitution. En outre, d’autres propositions touchant au financement public des partis et à la taille de l’Assemblée nationale ont été repoussées, comme l’a indiqué NPR.

En Ecuador, la population arbitre entre sécurité et souveraineté face à l’armée américaine

Pour comprendre ce vote de rejet, il faut repartir du contexte explosif dans lequel se trouve aujourd’hui l’Ecuador, pays longtemps perçu comme relativement sûr en Amérique du Sud. D’après les données compilées par Al Jazeera, le pays a enregistré 4 619 homicides pour la seule première moitié de 2025, soit une moyenne d’environ 25 personnes tuées chaque jour. En parallèle, Reuters indique que les morts violentes ont augmenté de plus de 36 % sur les neuf premiers mois de 2025 par rapport à la même période de 2024, tandis que les saisies de drogues entre janvier et septembre 2025 atteignaient 146,4 tonnes, contre 208 tonnes sur la même période en 2024. Dans cette situation, la tentation de s’appuyer davantage sur les USA et leur armée paraissait logique au gouvernement d’Ecuador, mais la population a estimé que le prix à payer en termes de souveraineté restait trop élevé.

Le précédent de la base de Manta pèse aussi lourd dans la mémoire politique d’Ecuador et éclaire le référendum actuel. Pendant une décennie, jusqu’en 2009, cette base a servi de plateforme majeure pour les opérations antidrogue américaines sur la côte pacifique, avant que l’ex-président Rafael Correa ne refuse de renouveler l’accord et n’inscrive dans la Constitution l’interdiction de toute base étrangère. Reuters rappelle qu’après la fermeture de Manta, les saisies de drogues ont chuté de plus de 70 % l’année suivante, selon le ministre de l’Intérieur de l’époque, ce qui illustre à quel point la coopération avec l’armée des USA avait un impact opérationnel pour Ecuador. Pourtant, une partie importante de la population reste rétive à un retour à cette situation : « Ils voulaient balayer nos droits, vendre notre souveraineté et la livrer à Trump pour qu’il installe des bases militaires gringo », a accusé le militant Ricardo Moreno, cité par Courthouse News Service. Entre sécurité immédiate et indépendance stratégique, le vote a donc fait pencher la balance, cette fois, du côté de la souveraineté nationale d’Ecuador.

Pour les USA, ce référendum en Ecuador représente un revers symbolique, mais il ne signifie pas pour autant une rupture de la coopération militaire. Washington considérait Daniel Noboa comme un « excellent partenaire » dans la lutte contre le narcotrafic et l’immigration illégale, comme le souligne Reuters, rappelant la signature de deux accords d’opérations militaires conjointes et d’un accord d’interception aérienne.

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