Sarajevo : l’Italie enquête sur les « safaris humains » durant la guerre

À Sarajevo, une plainte explosive et désormais une enquête italienne relancent la mémoire sanglante du siège. Les autorités de Milan examinent des allégations selon lesquelles des étrangers fortunés auraient payé pour participer à de véritables safaris humains dans la capitale bosnienne, transformant Sarajevo en terrain de chasse.

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Sarajevo : l’Italie enquête sur les « safaris humains » durant la guerre © Armees.com


Le 11 novembre 2025, le parquet de Milan a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire sur des faits présumés de « safaris humains » organisés dans Sarajevo durant le siège. Ce siège, qui a duré de 1992 à 1996, a coûté la vie à plus de 11 000 civils. L’affaire repose sur plusieurs témoignages affirmant que des voyageurs aisés auraient payé jusqu’à 80 000 à 100 000 euros pour tirer sur des habitants de Sarajevo, une pratique assimilable à un safari humaine et donc un crime de guerre.

Le contexte du siège : Sarajevo sous le feu et les premières alertes

Au cœur de la guerre de Bosnie, Sarajevo était encerclée par les forces serbo-bosniaques, soumises à des tirs constants et à des bombardements répétés. Cette période, qui s’étend d’avril 1992 à février 1996, est décrite comme l’un des sièges les plus meurtriers d’Europe depuis 1945. Les habitants de Sarajevo traversaient les rues sous la menace permanente des snipers, notamment dans la tristement célèbre « Sniper Alley ». Selon El País, plus de 11 000 civils ont été tués durant ces quatre années de guerre. Toutefois, bien que Sarajevo ait connu une violence extrême, l’idée qu’un safari de riches étrangers ait pu s’y organiser ajoute une couche supplémentaire d’horreur, car elle suggère une logique de chasse humaine dans un contexte de guerre totale.

D’après un ancien agent des services de renseignement de la Bosnie cité par El País, les autorités italiennes auraient été prévenues dès 1993. Il affirme en effet : « Nous avons découvert que le safari partait de Trieste. Nous l’avons arrêté, et il n’y aura plus de safari ». Cette information montre que Sarajevo aurait été le théâtre d’activités occultes dès le milieu du siège, et que des mécanismes transfrontaliers auraient permis à des étrangers de se rendre sur les hauteurs de la ville pour participer à cette chasse.

Des riches ont payé pour chasser des hommes, des femmes et des enfants

La plainte déposée à Milan par le journaliste Ezio Gavazzeni, soutenu par l’ancien juge Guido Salvini et par l’ancienne maire de Sarajevo Benjamina Karić, détaille un système où des civils auraient été pris pour cible dans Sarajevo par des « touristes de guerre ». Selon The Guardian, les personnes soupçonnées seraient des Italiens et d’autres étrangers « riches » ayant acheté un voyage incluant des séances de tir qui auraient coûté de 80 000 à 100 000 euros. Dans certains cas, un supplément spécifique aurait été exigé pour tirer sur des enfants.

La plainte met également en lumière un fonctionnement structuré : départs depuis Trieste, vols vers Belgrade, acheminement par des milices jusqu’aux collines dominant Sarajevo. Ces voyageurs auraient été escortés par des combattants serbo-bosniaques jusqu’à des positions permettant de viser des civils dans Sarajevo. L’agence UPI avance que jusqu’à 100 individus auraient pu participer à ces opérations.

Les suspects, le mécanisme et les enjeux judiciaires pour Sarajevo

Les suspects sont décrits comme des hommes sans agenda politique, plutôt proches des mouvances d’extrême-droite, amateurs d’armes et prêts à payer pour éprouver la sensation de tirer en situation réelle. À Sarajevo, ces hommes auraient tiré sur des passants, des femmes, des enfants ou des personnes âgées, transformant la ville en espace de chasse. Plusieurs témoignages provenant d’anciens soldats ayant observé la présence de ces « touristes ». Dans un passage repris par The Guardian, Ezio Gavazzeni souligne : « Nous parlons de personnes riches qui sont allées là-bas pour s’amuser et se tirer une satisfaction personnelle ». Le nombre de victimes attribuables à ces actions reste inconnu, mais The Week rappelle que les snipers ont tué 225 personnes, dont 60 enfants, durant une seule année de référence du siège de Sarajevo.

L’ouverture de l’enquête en Italie repose sur le principe de compétence extraterritoriale lorsque des ressortissants nationaux sont impliqués dans des crimes graves. Sarajevo étant au cœur des faits, la justice bosnienne avait ouvert en 2022 un dossier resté sans avancées majeures. Ainsi, Milan espère identifier des suspects, établir des responsabilités et reconstituer les réseaux ayant permis à ces voyages de se dérouler. Le procureur Alessandro Gobbi a souligné que « les faits sont d’une gravité extrême » et que la coopération internationale sera nécessaire pour avancer. Pour Sarajevo, cette enquête représente une possibilité tardive mais réelle de faire reconnaître des actes particulièrement abjects commis dans un contexte de guerre déjà dévastateur.

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