Depuis le 27 septembre 2025, le projet de commande géante de la DGA fait l’objet d’une attention particulière. L’armée de Terre, confrontée à une flotte vieillissante de 27 000 véhicules dont certains approchent les 40 ans, prépare le renouvellement de son socle logistique. Cette commande, qualifiée d’historique, s’inscrit dans le programme FTLT (Flotte tactique et logistique terrestre) et traduit une volonté claire de modernisation capacitaire.
Une commande stratégique pour l’armée de Terre
Le projet prévoit l’acquisition de 7 000 camions logistiques neufs pour un coût évalué à 5 milliards d’euros. Cette commande, d’une ampleur exceptionnelle, constitue l’un des plus gros contrats terrestres de ces dernières décennies. La Direction générale de l’armement doit désigner le lauréat de l’appel d’offres d’ici fin 2025, marquant une étape décisive dans ce processus.
Ce renouvellement répond à une urgence opérationnelle. En effet, l’exercice Orion 2023 a mis en lumière les limites d’une flotte trop ancienne, incapable de répondre aux exigences d’un engagement de haute intensité. Selon les experts, la logistique terrestre, souvent considérée comme un maillon discret, est en réalité essentielle à la résilience de l’armée française.
Un parc vieillissant à remplacer
Aujourd’hui, l’armée de Terre dispose d’environ 27 000 camions, dont une large part date de 30 à 40 ans. Certains modèles, toujours en service, sont hérités de programmes lancés avant la fin de la Guerre froide. Cette situation fragilise la disponibilité technique et génère des coûts d’entretien considérables.
Le ministère des Armées avait repoussé plusieurs fois ce marché stratégique au profit d’autres priorités, notamment dans le domaine des blindés ou des hélicoptères. Mais face à l’urgence constatée, le choix a été fait de débloquer enfin ce contrat structurant. Le calendrier prévoit une première livraison dès la seconde moitié de la décennie, pour un déploiement progressif dans toutes les brigades.
Un marché de plusieurs milliards et un calendrier serré
Le montant estimé de 5 milliards d’euros place cette commande au rang des plus importantes passées par la DGA ces dernières années. Cette enveloppe doit couvrir la fourniture des véhicules, leur maintenance initiale, ainsi qu’une partie du soutien technique associé. Pour les industriels en compétition, il s’agit d’un marché décisif à fort impact économique.
D’ici la fin de l’année 2025, la DGA doit sélectionner un fournisseur unique ou un groupement, afin de garantir une homogénéité logistique et une rationalisation des coûts. Cette décision sera scrutée de près, car elle influencera directement la capacité de projection et la réactivité de l’armée de Terre pour les deux prochaines décennies.
Les leçons d’Orion et la nécessité d’anticiper
L’expérience d’Orion a démontré que la logistique terrestre conditionne la réussite des opérations. La vétusté des camions a pesé lourdement sur les manœuvres, révélant des fragilités inquiétantes pour un engagement prolongé. La commande de 7 000 camions doit donc être comprise comme une réponse directe à ces enseignements.
Au-delà de l’aspect technique, ce projet illustre une prise de conscience stratégique : sans une chaîne logistique robuste et modernisée, l’armée française ne peut soutenir durablement ses ambitions opérationnelles. Le contrat à venir représente ainsi bien plus qu’un simple renouvellement de parc, il constitue un pilier de la préparation à la guerre de haute intensité.
Un enjeu industriel et économique majeur
Au-delà des besoins militaires, cette commande hors norme représente une opportunité considérable pour l’industrie française et européenne de défense. Plusieurs acteurs se positionnent déjà, à commencer par Arquus (ex-Renault Trucks Defense), Iveco ou encore MAN, chacun cherchant à valoriser son expertise en matière de mobilité terrestre. L’attribution de ce contrat influencera durablement l’équilibre industriel du secteur.
L’effet d’entraînement sur l’économie nationale est aussi attendu : la production de milliers de camions pourrait générer des centaines d’emplois directs et indirects dans les usines françaises et leurs sous-traitants. Le ministère des Armées mise sur cette commande pour renforcer la base industrielle et technologique de défense (BITD), considérée comme stratégique pour l’autonomie nationale et la résilience en cas de crise prolongée.








