Le 2 septembre 2025, la Russie et la Chine ont officiellement signé un protocole d’accord juridiquement contraignant pour lancer le projet de gazoduc Power of Siberia 2, un ouvrage de plus de 7 000 kilomètres destiné à transporter jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz par an vers la Chine via la Mongolie. Cette initiative stratégique marque un tournant énergétique et diplomatique, dans un contexte où Moscou cherche activement à compenser la fermeture du marché européen à ses hydrocarbures.
Un gazoduc titanesque entre la Russie, la Mongolie et la Chine
Le gazoduc Power of Siberia 2 reliera les gisements de Yamal, en Russie occidentale, au nord de la Chine. Ce tube d’acier de plus de 7 000 kilomètres, conçu pour acheminer jusqu’à 50 milliards de mètres cubes par an, traversera la Mongolie via l’axe du gazoduc Soyuz-Vostok, dont la construction a également été annoncée.
Ce projet représente un double objectif pour Moscou : écouler son gaz destiné à l’Europe et garantir des revenus pérennes à Gazprom, confronté à une chute brutale de ses exportations. Selon Le Grand Continent, l’entreprise aurait enregistré 12 milliards d’euros de pertes en 2024, soit le double de l’année précédente.
Côté chinois, cette alliance énergétique répond à un besoin de sécurisation de l’approvisionnement, dans une période de tensions géopolitiques croissantes. Le gaz russe est également annoncé comme moins cher que celui vendu aux clients européens – sans qu’aucun prix ne soit encore fixé ni publié.
Des ambitions économiques floues, un accord encore incertain
Malgré l’annonce officielle d’un protocole juridiquement contraignant, plusieurs zones d’ombre subsistent. La Chine n’a toujours pas confirmé publiquement la signature d’un contrat final. Les prix n’ont pas été révélés. Et aucun calendrier précis n’a été communiqué.
« Un mémorandum juridiquement contraignant sans prix ni calendrier n’est pas un accord définitif », souligne Alexander Gabuev, spécialiste des relations sino-russes, cité dans L’Express.
La Mongolie, pays de transit, n’a de son côté pas encore budgété les travaux nécessaires à la traversée du gazoduc sur son territoire. Des financements supplémentaires, notamment d’origine chinoise, seraient donc attendus.
La fin d’un cycle énergétique pour Moscou
Le projet s’inscrit dans une redirection complète des exportations russes vers l’Asie. En 2021, la Russie fournissait encore 45 % du gaz consommé en Europe. En 2024, cette part est tombée à 19 %.
Pour Pékin, ce nouveau corridor gazier vient compléter un dispositif déjà étoffé. Le premier gazoduc, Power of Siberia 1, inauguré en 2019, voit sa capacité augmenter de 38 à 44 milliards de mètres cubes par an. Le corridor Est, autre voie d’approvisionnement, passe de 10 à 12 milliards.
Énergie, devises et souveraineté : un gaz à double tranchant
L’accord prévoit également des modalités de paiement inédites : 50 % des transactions seront effectuées en roubles russes, le reste en devises étrangères. Cette configuration réduit la dépendance au dollar et participe à une dé-dollarisation partielle des échanges sino-russes, dans un contexte où la Russie est largement exclue du système financier occidental.
Toutefois, la Russie pourrait devoir consentir des rabais importants pour convaincre Pékin de son intérêt. Selon BFMTV, Moscou s’apprêterait à « brader le prix du gaz pour Pékin », afin de sécuriser l’accord.
Mais les observateurs restent prudents. Sans prix fixé, sans calendrier, sans engagement chinois ferme, le gazoduc reste à ce stade une promesse. Une promesse lourde d’enjeux, certes, mais encore suspendue aux tractations économiques, techniques et diplomatiques à venir.








