GoLaxy : Comment la Chine mobilise l’intelligence artificielle pour la propagande et la guerre informationnelle

L’entreprise affirme pouvoir générer en temps réel des contenus « authentiques, adaptables et indétectables »

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GoLaxy : Comment la Chine mobilise l’intelligence artificielle pour la propagande et la guerre informationnelle © Armees.com

L’intelligence artificielle s’impose comme une nouvelle frontière stratégique dans le champ du renseignement offensif. Une enquête publiée le 6 août 2025 dans The New York Times révèle que le gouvernement chinois utilise les capacités avancées de sociétés technologiques nationales pour conduire des campagnes d’influence à l’étranger, avec un niveau de sophistication et d’automatisation inédit.

Au cœur de ce dispositif : GoLaxy, une entreprise née sous l’égide de l’Académie chinoise des sciences, financée en partie par Sugon, un acteur majeur du calcul intensif placé sur liste noire par les États-Unis. Selon les documents obtenus par le Vanderbilt University’s Institute of National Security, cette société développe une technologie de propagande automatisée baptisée GoPro (Smart Propaganda System).

Influence chinoise : des opérations ciblées sur plusieurs fronts

Les documents internes montrent que GoLaxy a mené des campagnes :

  • À Hong Kong, pour contrer l’opposition à la loi sur la sécurité nationale de 2020.
  • À Taïwan, dans le contexte des élections de 2024, en ciblant le Parti démocrate progressiste.
  • Contre des personnalités américaines, par la collecte systématique de données sur plus de 2 000 figures politiques, médiatiques et universitaires.

L’entreprise affirme pouvoir générer en temps réel des contenus « authentiques, adaptables et indétectables » : « La propagande générée par l’IA n’est plus une menace hypothétique pour l’avenir. Elle est opérationnelle, sophistiquée et transforme déjà la manière dont l’opinion publique peut être manipulée à grande échelle. » affirment Brett J. Goldstein et Brett V. Benson, chercheurs à Vanderbilt cités par The New York Times.

Un système algorithmique d’ingérence à l’échelle industrielle

GoLaxy agrégerait quotidiennement, selon les documents obtenus par le journal américain :

  • 4 millions de publications issues de X,
  • 1,8 million d’articles de WeChat,
  • 10 000 publications de Facebook,
  • ainsi que des données massives issues de Weibo.

À partir de ces flux, l’entreprise constitue des profils virtuels détaillés, notamment sur 117 membres du Congrès américain, dont Byron Donalds, Chip Roy et Andy Biggs, tous républicains. L’objectif, selon les documents, est d’identifier les arguments opposés aux intérêts de Pékin, et de les contrecarrer avec des contenus générés par IA dans une logique de « contre-attaque rapide ». « Le système GoPro […] a déjà produit certains effets politiques au sein de départements étatiques concernés. » (Document interne cité par The New York Times)

Des outils conçus pour « raconter la Chine »

Les ambitions idéologiques de l’opération sont assumées. L’un des documents internes cite une formule emblématique : « Le système GoPro deviendra une plateforme technologique capable de véritablement raconter l’histoire de la Chine, amplifier la voix de la Chine et étendre son influence, en fournissant un soutien technologique complet pour que « le vent d’est l’emporte sur le vent d’ouest ». » Une expression attribuée à Mao Zedong, marquant une volonté d’hégémonie informationnelle assumée. D’après plusieurs responsables américains, bien que Pékin ne dirige pas directement les opérations de GoLaxy, ses activités sont conformes à la stratégie nationale de sécurité et bénéficient d’un aval tacite du Parti communiste.

Le risque posé par cette convergence entre IA et influence politique est d’autant plus préoccupant que les États-Unis ont, selon l’article, démantelé des unités clés de lutte contre les campagnes d’ingérence. Or, face à cette guerre cognitive automatisée, les outils classiques du contre-renseignement apparaissent obsolètes. Les campagnes russes de 2016, reposant sur des troll farms, semblent artisanales en comparaison. Selon les documents, l’entreprise aurait également collecté des informations sur la présence navale américaine dans le détroit de Taïwan, et tenté, durant la pandémie, de soutenir la politique “zéro Covid” chinoise en amplifiant les propos d’Elon Musk à travers de faux comptes Facebook.

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