Attentat déjoué à Saint-Étienne : un jeune masculiniste écroué, la justice antiterroriste saisie

Un sac, deux couteaux, une idéologie haineuse. Ce projet d’attentat visait des femmes, à l’ombre d’un lycée stéphanois. Derrière ce passage à l’acte, la radicalisation insidieuse d’une génération piégée par les algorithmes.

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Attentat déjoué à Saint-Étienne : un jeune masculiniste écroué, la justice antiterroriste saisie © Armees.com


Un attentat masculiniste déjoué à Saint-Étienne

Le 2 juillet 2025, un attentat planifié par un jeune homme de 18 ans a été déjoué à Saint-Étienne. Interpellé par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) alors qu’il circulait près d’un lycée avec deux couteaux dans son sac, Timoty G. a été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes. Il a été écroué à Paris dans la foulée, comme l’ont confirmé plusieurs sources judiciaires.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une information judiciaire. C’est la première fois qu’il est saisi pour une affaire exclusivement liée à la mouvance incel, un courant radical misogyne qui désigne des « célibataires involontaires » convaincus que les femmes sont responsables de leur isolement affectif.

Timoty G., un jeune radicalisé influencé par la mouvance incel

Le profil de l’auteur interroge. Timoty G., né en novembre 2006 dans la Loire, était scolarisé en classe préparatoire et résidait à l’internat du lycée où il a été arrêté. D’apparence « juvénile et timide », selon son avocate Me Maria Snitsar, il « souffre » davantage qu’il ne combat, affirme-t-elle : « J’ai rencontré un adolescent qui souffre et non un combattant qui se prépare à l’action. L’instruction ramènera ce dossier à sa plus juste proportion ».

Mais les éléments réunis contredisent cette lecture : selon une source proche du dossier, l’adolescent avait consulté de nombreuses vidéos incel et masculinistes sur TikTok. Il s’intéressait de manière obsessive aux tueries de masse : Columbine, Christchurch, Utøya. Il exprimait en ligne des propos violents, détectés par les services de renseignement.

Une idéologie antiféministe qui bascule dans le terrorisme masculiniste

Ce passage à l’acte s’inscrit dans un contexte plus large de radicalisation en ligne. Le phénomène incel, issu d’Amérique du Nord, a été à l’origine de plusieurs tueries ciblant des femmes, dont l’attaque de Polytechnique Montréal en 1989. Cet attentat, mené par un homme de 25 ans revendiqué antiféministe, avait fait 14 victimes.

L’influence d’acteurs comme Andrew Tate, ancien kickboxeur devenu gourou masculiniste sur les réseaux sociaux, est soulignée par tous les enquêteurs. Suivi par plus de 11 millions de personnes sur X, il est accusé de viols et de trafic d’êtres humains. La série Netflix « Adolescence », diffusée au printemps, a mis en lumière ces contenus toxiques diffusés massivement auprès des adolescents.

La ministre Aurore Bergé, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a réagi fermement : « Les discours masculinistes ont des conséquences dans la vie réelle ».

Justice antiterroriste et alerte sur la radicalisation misogyne

L’association de malfaiteurs terroriste retenue contre Timoty G. place désormais ce type de menace dans le spectre du terrorisme masculiniste. Le PNAT indique que c’est la première fois qu’il est saisi d’un cas incel exclusif, après deux précédents plus marginaux. L’un d’eux, jugé à Paris en 2023, concernait un jeune ultradroite qui dialoguait avec une femme projetant de faire sauter une église.

La menace devient systémique. Dans un contexte où les réseaux sociaux façonnent l’imaginaire de la violence sexiste, les institutions doivent évoluer. L’enquête se poursuit sur les influenceurs masculinistes, la radicalisation algorithmique, et la diffusion virale de la misogynie en ligne.

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