Depuis le début de l’année 2025, la guerre en Ukraine a franchi un nouveau cap technologique. Les deux camps déploient désormais massivement des drones fantômes – leurres – pour saturer les défenses adverses, brouiller les radars et ouvrir la voie à des frappes dévastatrices. Cette stratégie, héritée de la doctrine soviétique de la maskirovka, transforme le ciel ukrainien en un théâtre d’illusions meurtrières.
Le 8 mai 2025, le Center for European Policy Analysis (CEPA) publiait une analyse approfondie de cette guerre des leurres. Dans son article, celui-ci détaille comment Kiev et Moscou utilisent des drones fantômes pour tromper les systèmes de défense et maximiser l’efficacité de leurs attaques réelles.
L’Ukraine : une stratégie de saturation
À Kiev, le 14e régiment de drones aériens sans pilote mène des opérations de frappes en profondeur sur le territoire russe. Ces attaques, qui ont atteint des cibles jusqu’à 1 600 km à l’intérieur de la Russie, s’appuient sur une combinaison de drones armés et de leurres. Chaque drone de frappe coûte environ 200 000 dollars, tandis que les leurres, beaucoup moins onéreux, servent à saturer les défenses ennemies. L’objectif est clair : épuiser les ressources de défense russes en les forçant à engager leurs systèmes sur des cibles factices.
Un commandant ukrainien, surnommé Casper, explique : « Pour que l’opération soit un succès, nous devons également lancer des leurres pour traverser la ligne de contact, là où la défense aérienne est la plus intense. Nous utilisons les leurres pour nous frayer un corridor. »
La Russie : l’opération “False Target”
De son côté, la Russie a mis en place l’opération “False Target”, révélée par une enquête de l’Associated Press en novembre 2024. Dans une usine située dans la zone économique spéciale d’Alabuga, Moscou produit des drones thermobariques, capables de provoquer des explosions à haute pression et température, et les mélange à des leurres en mousse. Ces drones, indiscernables sur les radars, visent à semer la confusion et à forcer l’Ukraine à gaspiller ses munitions de défense aérienne sur des cibles inoffensives.
Serhii Beskrestnov, expert ukrainien en électronique, estime que les drones fantômes représentent désormais plus de la moitié des drones russes ciblant l’Ukraine. Cette tactique, bien que coûteuse pour l’Ukraine, permet à la Russie de préserver ses drones armés pour des frappes plus efficaces.
Une guerre d’usure technologique
Cette guerre des leurres entraîne une course à l’innovation technologique. Les deux camps investissent massivement dans le développement de drones plus sophistiqués et de systèmes de détection plus performants. Cependant, cette escalade a un coût : la nécessité constante de renouveler les équipements, l’épuisement des ressources et la pression psychologique sur les populations civiles.
La guerre en Ukraine illustre ainsi parfaitement comment la technologie peut transformer les conflits modernes. Nonobstant, l’utilisation des drones fantômes soulève des questions éthiques, notamment en ce qui concerne les dommages collatéraux et la protection des civils. La communauté internationale doit par conséquent rester vigilante face à ces évolutions et travailler à la mise en place de normes encadrant l’utilisation de ces technologies.








