Le piratage de données connaît, en 2024 et 2025, une progression fulgurante, mettant en péril la sécurité des infrastructures critiques et la protection des citoyens. Selon le dernier rapport de Cybermalveillance.gouv.fr publié le 3 avril 2025, les violations de données personnelles massives sont désormais qualifiées de « phénomène marquant » de l’année écoulée. À cette dynamique inquiétante, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a répondu par une intensification de ses alertes et de ses sanctions.
Le piratage de données, levier des conflits hybrides modernes
Sous l’apparente désorganisation des cyberattaques se cache une stratégie mûrement réfléchie : celle de l’usage offensif du vol de données pour fragiliser des États. L’essor des fuites ciblant aussi bien France Travail, la Fédération Française de Football ou encore l’opérateur Free n’a rien d’anecdotique. Ces attaques, notait récemment la plateforme gouvernementale, traduisent une « prolifération des arnaques en ligne, facilitée par l’accès aux outils malveillants même sans compétence technique préalable », explique Cybermalveillance.gouv.fr.
La nature asymétrique de ces offensives repose sur un principe : démultiplier les cibles civiles pour épuiser la capacité de réponse institutionnelle. En exposant les bases de données médicales, bancaires ou sociales, les hackers sapent la confiance publique, nourrissent la désinformation et affaiblissent l’autorité de l’État.
Un piratage n’est plus un simple vol : il devient une manœuvre de guerre hybride. Et les failles s’accumulent, inexorablement.
Collectivités, armées, industries critiques : les cibles privilégiées
Alors que les collectivités territoriales peinent à sécuriser leurs infrastructures, elles apparaissent aujourd’hui comme des proies faciles. Selon le même rapport, les collectivités figurent en troisième position des victimes de piratage de comptes en 2024, juste derrière les particuliers et les entreprises. Cette progression alarmante a été qualifiée par Jérôme Notin, directeur général de Cybermalveillance.gouv.fr, de « menace qui s’élargit considérablement avec des approches contextualisées adaptées à chaque type de public ».
La cible ? Les informations stratégiques : données fiscales, réseaux électriques, approvisionnements en eau. L’armée, bien que mieux protégée, n’est pas épargnée. En témoigne la multiplication des tentatives de phishing visant les personnels des forces armées, relevées par le Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) en coopération avec le ministère de l’Intérieur via le programme 17Cyber.
Quant aux industries critiques (énergie, télécommunications, transport), elles font face à une recrudescence des ransomwares sophistiqués. En 2024, les rançongiciels représentent encore « plus d’un tiers des recherches d’assistance » sur la plateforme Cybermalveillance, même si leur volume a légèrement reculé.
Face à cette marée d’attaques, la question n’est plus de savoir si un organisme sera touché, mais quand.
Réponse française : CNIL, COMCYBER, 17Cyber et la nouvelle doctrine 2025
À la faveur d’une montée des périls, la France a tenté de réarmer son dispositif de cybersécurité. La CNIL a renforcé ses contrôles, sanctionnant lourdement les défaillances en matière de protection des données. Les sanctions prononcées depuis janvier 2025 témoignent d’une volonté de dissuasion forte, avec notamment des amendes records envers des éditeurs de sites web et de services en ligne.
Simultanément, la doctrine d’intervention du COMCYBER a évolué : davantage axée sur l’anticipation des attaques par manipulation de l’information, elle met désormais l’accent sur la détection précoce des incidents cyber.
Le projet phare 17Cyber, guichet unique lancé fin 2024 en partenariat avec la Gendarmerie nationale, constitue un pivot stratégique. Il facilite une assistance immédiate aux victimes d’attaques informatiques, qu’il s’agisse de particuliers, d’administrations ou de sociétés privées.
La lutte, cependant, reste inégale. Comme l’a souligné Jérôme Notin : « Avec des menaces qui se diversifient et qui se déclinent à l’envi pour chacun des publics, la cybersécurité s’impose comme un enjeu sociétal prioritaire. » Un constat qui sonne comme une alerte : en 2025, la souveraineté numérique n’est plus un atout : c’est une bataille permanente.








