ArcelorMittal licencie : alerte pour l’industrie de la Défense

La France peine à aligner ses politiques industrielles et ses ambitions de défense. Peut-on parler de réarmement stratégique tout en laissant filer l’acier vers l’Asie ?

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Le canon Caesar est la star du salon Eurosatory 2024. Wikipedia
Le canon Caesar est la star du salon Eurosatory 2024. Wikipedia | Armees.com

La suppression de centaines de postes dans les usines françaises d’ArcelorMittal soulève une inquiétude dépassant largement le cadre social. Car à l’heure où la France ambitionne une autonomie stratégique, la fragilisation de sa filière acier pose une question simple : avec quel métal forgerez-vous les canons de demain ?

Une décision industrielle au goût de renoncement stratégique

Le 23 avril 2025, ArcelorMittal a annoncé la suppression d’environ 600 postes répartis sur sept sites français : Dunkerque, Florange, Basse-Indre, Mardyck, Mouzon, Desvres et Montataire. En apparence, il s’agit de simples fonctions support (ressources humaines, informatique, comptabilité) délocalisées vers l’Inde. Mais l’impact dépasse largement ces intitulés administratifs.

Pour Sophie Primas, porte-parole du gouvernement interrogée par Europe1, l’alerte est claire : « Un tel plan a des conséquences fortes sur notre souveraineté, sur l’emploi, la durabilité de notre industrie. » Et elle enfonce le clou avec une formule-choc devenue virale : « L’acier, ça fait les canons Caesar. »

La référence aux pièces d’artillerie françaises exportées dans plusieurs pays, notamment à l’Ukraine et au Portugal, illustre une réalité souvent éludée : l’industrie de la défense dépend directement des capacités sidérurgiques nationales.

Une souveraineté industrielle déjà fragilisée

La fermeture en novembre 2024 des usines ArcelorMittal de Reims et Denain, suivie de suppressions à Strasbourg et Valence, a porté le nombre de postes détruits à près de 800 en six mois. Or, toutes ces usines formaient un maillage essentiel pour la métallurgie d’équipements stratégiques, civils comme militaires.

Si les aciers utilisés dans l’armement nécessitent des procédés spécifiques, la base industrielle reste commune. À Dunkerque, qui emploie encore près de 3 000 personnes, le haut-fourneau est à l’arrêt pour maintenance, alors même que l’État a investi 850 millions d’euros dans sa décarbonation.

Dans ce contexte, la France peine à aligner ses politiques industrielles et ses ambitions de défense. Peut-on parler de réarmement stratégique tout en laissant filer l’acier vers l’Asie ?

Une pression internationale : l’acier chinois comme épouvantail

Au cœur de la crise sidérurgique européenne, la surproduction chinoise apparaît comme un facteur aggravant. Sophie Primas ne le cache pas : « La France et huit autres pays européens demandent des mesures de protection contre l’acier chinois. Des premières mesures existent, mais nous devons aller plus loin », relaye BFMTV.

En effet, les imports massifs à bas coût déstabilisent les marchés. Le problème, toutefois, ne se limite pas aux frontières. ArcelorMittal réorganise ses sites mondiaux pour miser sur la croissance ailleurs : au Brésil, en Inde, aux États-Unis. L’Europe, elle, subit une logique de retrait progressif.

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Mais en temps de tensions géopolitiques et de débats sur l’autonomie stratégique, le choix d’ArcelorMittal d’affaiblir sa présence française envoie un signal politique puissant.

Le gouvernement en alerte, mais sans levier clair

Dans cette affaire, l’exécutif dénonce, alerte… mais agit peu. Le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, est annoncé « à la manœuvre ». Pourtant, aucune mesure contraignante n’est évoquée, ni réquisition, ni gel de subvention, ni moratoire.

En 2024, ArcelorMittal a pourtant perçu plusieurs aides publiques pour verdir ses installations et moderniser ses infrastructures. Mais aucune contrepartie stricte sur l’emploi ou le maintien des fonctions critiques n’a été exigée. Dès lors, la question reste entière : la France a-t-elle les moyens de contraindre un groupe globalisé comme ArcelorMittal ?

Défense : la dépendance matérielle, l’angle mort du discours souverainiste

La France exporte des armes, investit dans des technologies de rupture, modernise son armée. Mais sans acier produit localement, toute souveraineté devient théorique. Les tubes des canons Caesar, les coques des blindés, les plateformes navales… tous exigent une matière première lourde, dense, et souvent spécialisée.

Le risque ? Dépendre de livraisons extérieures, y compris en période de crise ou de rupture d’approvisionnement. À l’image des masques en 2020 ou des semi-conducteurs en 2021, l’acier pourrait bien devenir le prochain talon d’Achille d’un pays trop confiant dans les vertus du libre-échange.

En affaiblissant sa base industrielle, la France prend le risque d’une dépendance accrue à l’extérieur, y compris dans ses capacités de défense. À l’heure où la guerre frappe aux frontières de l’Europe, où les États parlent réarmement et autonomie, le retrait discret mais continu d’acteurs industriels majeurs comme ArcelorMittal devrait provoquer un électrochoc.

1 réflexion au sujet de « ArcelorMittal licencie : alerte pour l’industrie de la Défense »

  1. La France doit affirmer son intention de sauvegarder son industrie métallurgique chez elle.
    Dépenser de l’argent pour décarboner la fabrication d’une matière première basique indispensable pour fabriquer de l’armement. Armement, qui lui, mis en œuvre pollue énormément, c’est jeter l’argent par les fenêtres, ce qu’elle sait très bien faire avec MACRON le dispendieux.
    Et puis, le souverainisme marque des points, il devient synonyme de durabilité, pas le moment de continuer à dilapider nos connaissances au profit de la spéculation.

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