ASN4G : la France veut son missile hypersonique nucléaire

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ASN4G : la France veut son missile hypersonique nucléaire © Armees.com

Luxeuil-Saint-Sauveur, 18 mars 2025. Emmanuel Macron a annoncé qu’un « missile nucléaire hypersonique » est en préparation. Les militaires sourient. Le public s’interroge.

ASN4G : un retour en grâce stratégique pour la base de Luxeuil, après plus d’une décennie d’incertitude 

La base aérienne 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur, mise à l’écart du dispositif nucléaire depuis 2011, fréquemment menacé de fermeture, s’apprête à retrouver un statut de premier plan. Emmanuel Macron l’a confirmé lors de sa visite le 18 mars 2025 : la base accueillera le futur missile ASN4G. Derrière cet acronyme technique (Air-Sol Nucléaire de Quatrième Génération) se cache un projet entamé en 2014, piloté par MBDA et l’Onera. Objectif : succéder à l’ASMPA, missile actuel de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française.
Un budget du ministère des Armées de 1,5 milliard d’euros sur six ans va transformer la base : création de zones sécurisées pour les armes, construction de soutes spécialisées, mise en place d’escadrons Rafale à vocation nucléaire (2032 et 2036), batteries sol-air et antidrones… En parallèle, les effectifs vont quasiment doubler, atteignant les 2 000 aviateurs.

Le cœur du programme reste l’ASN4G. Ce missile nucléaire hypersonique sera le premier du genre en France. Il dépassera la vitesse Mach 5, et pourrait même atteindre Mach 7, soit près de 8 600 km/h. Mais sa vitesse n’est pas son seul atout. Il disposera aussi d’une manœuvrabilité extrême, capable d’éviter les défenses adverses en changeant de trajectoire à très haute vitesse. C’est cette capacité d’évitement qui le rend pratiquement ininterceptable.
Sa portée dépassera les 1 000 kilomètres, doublant celle de l’ASMPA. Cela permettra de tirer de plus loin, réduisant ainsi les risques pour les équipages et les appareils porteurs. L’ASN4G transportera vraisemblablement la même tête nucléaire TNA que l’ASMPA, d’une puissance estimée à 300 kilotonnes. Une puissance stratégique, bien inférieure aux missiles embarqués sur les sous-marins (M51), mais suffisante pour un « ultime avertissement » comme le rappelle Étienne Marcuz dans 20 Minutes le 19 mars 2025, un spécialiste des systèmes stratégiques et des questions nucléaires. 

Missile hypersonique : l’arme que tout le monde veut, que peu maîtrisent

Ce qui ralentit le programme ASN4G, c’est son moteur. Contrairement à son prédécesseur, il ne fonctionnera pas avec un simple statoréacteur, mais avec un modèle beaucoup plus développé, capable de gérer plusieurs types de combustion à des vitesses extrêmes. Dit autrement : on ne peut pas juste améliorer l’ancien missile, il faut tout réinventer.
Le résultat ? Un long développement, commencé en 2014, qui prendra au moins vingt ans. Mais ce n’est pas un retard. C’est le prix à payer pour créer une arme qui pourra voler à plus de 8 000 km/h et changer de direction en plein vol sans se faire intercepter.
Mais la France n’est pas seule dans la course. États-Unis, Russie, Chine, Iran, Inde ou encore Corée du Nord revendiquent tous de développer des armes hypersoniques. En réalité, peu y parviennent vraiment. Le Kinjal russe, ou le Fattah iranien (utilisé pour attaquer Israel le 1ᵉʳ octobre 2024), ne disposent que de capacités de manœuvre limitées. Les États-Unis tâtonnent. Seule la Chine, avec le DF-17 (Mach 10), semble réellement opérationnelle. Étienne Marcuz nuance toutefois ces affirmations : « il n’existe aucune information non classifiée permettant d’affirmer qu’un pays maîtrise à la perfection l’arme hypersonique. »
La France, forte de son excellence dans la conception de missiles, a donc toutes les cartes en main pour réussir. 

Le missile ASN4G ne sera pas embarqué par n’importe quel appareil. Seule la future version du Rafale, dite F5, pourra l’intégrer. Plus massif, plus puissant, cet avion de cinquième génération est attendu à l’horizon 2030-2035. En attendant, une période transitoire s’ouvrira entre 2032 et 2036 avec deux escadrons nucléaires actifs : Saint-Dizier et Luxeuil.
Mais l’ambition va plus loin. Le principe de dispersion, clef de la doctrine française, impose que d’autres bases soient capables de l’emporter. Si leurs noms restent secrets, les sites d’Avord, d’Istres ou de Saint-Dizier sont pressentis. L’architecture nucléaire pourrait ainsi s’élargir, avec plus de têtes aéroportées, davantage d’appareils, et une présence étendue sur le territoire.

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