Après trois ans d’un conflit destructeur, l’Ukraine pourrait-elle envisager de négocier avec la Russie en échangeant des territoires ?
L’Ukraine dans une impasse militaire
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a récemment déclaré être prêt à envisager un échange de territoires avec la Russie, si des négociations sous l’égide des États-Unis venaient à voir le jour. Cette prise de position tranche avec la rhétorique des derniers mois, où Kiev assurait vouloir reprendre l’intégralité des zones occupées par Moscou. En effet, sur le terrain, la situation militaire reste compliquée pour les forces ukrainiennes.
Depuis la fin de l’année 2024, les forces russes ont consolidé leurs positions dans l’est du pays, notamment à Bakhmout et Avdiïvka, tout en multipliant les frappes aériennes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes. De son côté, l’armée ukrainienne souffre d’un épuisement logistique évident. Les pénuries de munitions, aggravées par le retard des livraisons occidentales, rendent les offensives plus difficiles à mener. L’absence de supériorité aérienne et le manque de soldats expérimentés freinent également les tentatives de reconquête.
Face à ces difficultés, la déclaration de Zelensky peut être interprétée comme une tentative d’obtenir un cessez-le-feu avant que la situation ne se détériore davantage. Kiev doit conserver ses forces en évitant une érosion progressive face à un adversaire mieux préparé et plus nombreux.
Quels territoires pourraient être échangés ?
D’après certaines sources, l’Ukraine aurait suggéré la possibilité de céder une partie de la région de Koursk, située à la frontière russe, que ses forces auraient temporairement occupée lors d’incursions récentes. Cet échange pourrait être envisagé en contrepartie de la restitution d’une partie du Donbass ou de Zaporijjia.
Toutefois, les analystes militaires restent sceptiques quant à la faisabilité d’un tel accord. La Crimée, région stratégique pour Moscou en raison de sa base navale de Sébastopol, ne semble pas être une option négociable pour le Kremlin. De même, les oblasts de Donetsk et Lougansk, que Vladimir Poutine a annexés officiellement en 2022, restent au cœur de la stratégie expansionniste russe. Pour Kiev, renoncer à ces territoires serait un aveu de faiblesse difficile à justifier auprès de la population et des forces armées.
Sur le plan militaire, l’échange d’un territoire ukrainien contre une zone contrôlée par Moscou pourrait poser d’importants problèmes opérationnels. L’armée ukrainienne, qui a mené des combats urbains intenses à Bakhmout et Avdiïvka, devrait-elle abandonner ces positions durement acquises ? À l’inverse, si la Russie cède un territoire, quel serait l’intérêt stratégique de cet abandon pour Moscou ?
Une issue militaire ou diplomatique ?
Au vu de l’évolution du conflit, plusieurs scénarios sont envisageables. D’un côté, l’armée ukrainienne pourrait refuser toute négociation et poursuivre son effort de guerre, en espérant que les livraisons occidentales permettent une contre-offensive efficace d’ici l’été 2025. Ce scénario dépend largement de la capacité des États-Unis et de l’Union européenne à maintenir leur soutien logistique et financier.
Or, les pays européens concentrent leur aide sur les domaines humanitaires et sur la reconstruction du pays. De leur côté, les Etats-Unis, depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, sont nettement moins enclins à appuyer l’effort militaire de l’Ukraine. Donald Trump a en effet répété sa volonté de faire conclure une paix avec la Russie. C’est la raison pour laquelle Zelensky est prêt à s’asseoir à la table des négociations.
Si la situation militaire continue de se dégrader, Kiev pourrait être contraint d’accepter une solution diplomatique, même défavorable. L’objectif serait alors de geler le conflit tout en préparant une reprise ultérieure des hostilités à un moment plus favorable. Enfin, une troisième hypothèse réside dans une impasse totale où ni l’Ukraine ni la Russie ne parviennent à imposer leurs conditions. Dans ce cas, le conflit pourrait se transformer en une guerre d’usure prolongée, similaire à celle qui oppose la Corée du Nord et la Corée du Sud depuis plus de 70 ans.








