Le 16 janvier 2021, une équipe de paléontologues dirigée par Nick Longrich a publié une étude annonçant la découverte d’une nouvelle espèce de mosasaure dans les gisements phosphatés du Maroc. Baptisé Xenodens calminechari, ce reptile marin du Crétacé (72 à 66 millions d’années) se démarquait par une dentition exceptionnelle, évoquant celle des requins. Cependant, fin 2024, une autre étude remet en cause l’authenticité de ce fossile, suggérant qu’il pourrait s’agir d’une fraude scientifique.
Un mosasaure pas comme les autres car… inventé ?
Le Xenodens calminechari, décrit initialement comme une espèce inédite de mosasaure, aurait possédé une dentition sans équivalent connu. Selon l’étude de 2021, ses dents courtes et serrées formaient un bord coupant, lui permettant de découper sa proie avec précision. Cette particularité lui aurait conféré une niche écologique distincte des autres mosasaures, connus pour leurs dents plus espacées et adaptées à la capture ou au broyage des proies.
Cependant, cette hypothèse repose sur un spécimen unique, décrit à partir d’une mâchoire partielle et de quelques dents. Or, en paléontologie, il est fréquent que des fossiles isolés ne suffisent pas à établir avec certitude une nouvelle espèce. C’est précisément ce que conteste une nouvelle étude parue en décembre 2024.
Fraude ou erreur scientifique ?
Les doutes sur Xenodens calminechari proviennent de plusieurs incohérences observées dans le fossile. L’étude menée par Henry Sharpe et son équipe de l’Université de l’Alberta met en avant des anomalies qui ne correspondent pas à la morphologie classique des mosasaures :
- Des dents disposées par paires dans une seule alvéole, alors que tous les autres mosasaures connus présentent des dents bien séparées.
- Des traces suspectes de matériau adhésif autour des dents, suggérant une possible manipulation artificielle.
- Une absence de stratification osseuse naturelle, ce qui pourrait indiquer un assemblage artificiel plutôt qu’un spécimen authentique.
L’équipe de chercheurs propose donc d’effectuer une tomodensitométrie (CT scan) du fossile afin de déterminer s’il s’agit bien d’un organisme fossilisé ou d’une reconstitution partielle. Mais l’accès au spécimen s’avère compliqué : Nick Longrich, l’auteur de la première étude, aurait refusé de transmettre le fossile pour analyse, raconte Observer Voice.
Un contexte propice aux falsifications
Le Maroc est une terre riche en fossiles.Les mines de phosphate du pays ont déjà livré plusieurs espèces inédites de reptiles marins, dont des mosasaures géants comme Thalassotitan atrox. Cette richesse attire aussi des pratiques frauduleuses : il est bien connu que certains fossiles retrouvés sur le marché international ont été altérés ou modifiés pour accroître leur valeur.
Des vendeurs peu scrupuleux peuvent combiner plusieurs fragments d’os pour reconstituer un fossile entier ou ajouter des dents artificielles à des mâchoires incomplètes. Dans le cas de Xenodens calminechari, le fait que le fossile provienne du marché et non d’une fouille encadrée scientifiquement renforce les soupçons de fraude.
Selon Wahiba Bel Haouz, chercheuse à l’Université Hassan II de Casablanca, le Maroc ne dispose toujours pas de législation stricte pour protéger et authentifier son patrimoine paléontologique.
Quel avenir pour Xenodens calminechari ?
Si les doutes autour de l’authenticité du fossile se confirment, la communauté scientifique devra tirer les leçons de cette affaire. La nécessité de méthodes de validation rigoureuses et de collaborations internationales est une évidence. Si, au contraire, les analyses démontrent que Xenodens calminechari est bien une espèce réelle, il représentera une avancée majeure pour la compréhension des mosasaures.








