Plongez dans l’intimité bouleversante de ceux qui, en silence et avec bravoure, ont marqué l’histoire de France au travers du livre Vétérans de France : ceux qui ont servi la France, publié par VA Presse. Dans ce dernier, le Capitaine Guillaume Malkani et Louis Saillans vous invitent à parcourir les destins exceptionnels de dix anciens soldats qui ont consacré leur vie à défendre la nation française. Témoignages directs, sans filtre, ce livre est bien plus qu’une simple collection de récits ; il est un hommage vibrant à la résilience et à l’esprit indomptable de ces héros français de l’ombre. Voici en exclusivité un extrait du témoignage de Marius, voyou, devenu une légende au sein des commandos Marine.
Une vie nouvelle grâce avec les commandos Marine
Après une jeunesse quelque peu tumultueuse durant laquelle Alain Alivon, dit Marius, emprunte des chemins détournés et fréquente la voyoucratie marseillaise, un policier lui permet de se ressaisir. « Il m’a donné ma chance, puisqu’à l’époque, il y avait encore le service militaire. Cela m’a offert l’opportunité de partir loin et longtemps. C’était ça ou la prison, voire pire. C’est le point de départ qui a précipité mon engagement. »
Marius n’a aucune connaissance de l’institution militaire à part les quelques récits de son père. Celui-ci avait été apprenti mécanicien à Toulon dans la Marine nationale. En revanche, Marius est très sportif. « Je pratique la boxe anglaise et je suis très en forme. C’est ce qui me sauve ! Je choisis la Marine, et m’oriente vers la spécialité des fusiliers marins. On m’a expliqué que c’était là où il y avait le plus de challenges physiques. C’était aussi là que l’on recadrait ceux qui en avaient le plus besoin. »
On est en 1985, Marius rejoint Lorient dans le Morbihan comme appelé du contingent. Il conservera finalement l’uniforme durant vingt-deux ans. « Je me rappelle des repas du soir avec mon père. Il avait fait l’Indochine puis l’Algérie, et se rendait bien compte que je commençais à mal tourner. Je me souviens de ses mots : Le jour où tu partiras à l’armée, ça te fera du bien. Je me souviens aussi de mes réponses, dont je ne suis pas fier aujourd’hui. Je répondais très vulgairement : Je pisse sur l’armée et les méthodes militaires. Et puis ça partait en pugilat, c’était l’affrontement permanent. J’ai perdu mon père très tôt. Il est parti avant que je ne m’engage véritablement dans la Marine. Il n’a jamais su que j’en avais fait mon métier et que j’étais tombé éperdument amoureux de cette profession si unique. Aujourd’hui, lorsque je vais me recueillir sur sa tombe, je pense qu’au fond de lui-même – s’il existe un lieu où perdurent les âmes des défunts –, il doit être fier. Vingt-deux ans après ces échanges mouvementés et mes propos antimilitaristes, je quitte l’uniforme et le job de ma vie. C’est une belle leçon d’humilité, comme quoi rien n’est jamais acquis. Pour l’anecdote, lorsque j’ai reçu ma convocation et annoncé à ma mère que je partais pour Lorient, cela lui a fait un choc : elle avait compris que je partais pour l’Orient ! En mer de Chine ou plus loin encore. On était à Marseille, et on ne connaissait absolument pas la Bretagne… »
Lorsque Marius quitte le domicile familial, c’est encore un voyou. « J’ai dix-neuf ans, une veste en cuir, une grosse chaîne en or, et un petit revolver de calibre 22 modifié à mon ceinturon. J’embarque dans le train et j’arrive à Lorient, dans une toute petite gare. On rejoint directement l’école des fusiliers marins. » Marius et les autres appelés arrivent rapidement face à un grand couloir qu’il leur faut franchir pour pénétrer dans l’école en elle-même. Le cadre présent explique aux jeunes hommes : « De ce côté du couloir, vous êtes civils. Vous allez le traverser chacun votre tour, seul. Vous trouverez deux grandes caisses dans lesquelles vous pourrez déposer tout ce que vous détenez d’illégal. Et lorsque vous sortirez de ce couloir, vous ne serez plus civil. Vous appartiendrez à l’armée et à la Marine nationale. »
Marius considère cela comme une chance supplémentaire – l’ultime ! – de rejoindre le droit chemin et de recommencer à zéro grâce à l’institution militaire. « Une fenêtre vers mon ancien monde est encore entrouverte… Lorsque vient mon tour de traverser le couloir, je m’approche des caisses – ce sont de vieilles caisses en bois pour le stockage des grenades, ce que je ne savais naturellement pas à l’époque –, curieux de découvrir ce que les autres avaient bien pu déposer. » En plus des stupéfiants de natures diverses, Marius découvre tout un arsenal : couteaux à cran d’arrêt, matraques, bombes lacrymogènes… « Allez, plus de retour possible. C’est parti pour cette nouvelle aventure. » Tandis que Marius jette son revolver dans la caisse, il fait une croix définitive sur son ancienne vie, son ancienne région et tous les évènements mouvementés de ces dernières années. Le bout de ce couloir, c’est le début de la rédemption et d’une sacrée carrière.
Lorsqu’il évoque le fameux stage commando – le « stage co’ » pour devenir commando Marine et rejoindre les forces spéciales –, Marius se rappelle une angoisse toute particulière ressentie à l’issue de la première épreuve. « À l’époque, on devait réaliser un footing dès que l’on arrivait. Il n’y avait pas encore les phases d’évaluation qui existent aujourd’hui. On devait faire trois tours de l’école, c’est-à-dire douze kilomètres, à hauteur de quatre kilomètres par tour. » Lorsque
Marius débute cette épreuve de course à pied, il a immédiatement l’impression de courir au rythme d’un cent mètres. « L’instructeur qui nous devançait était nageur de combat. C’était un excellent sportif et l’on devait essayer de le suivre. Je suis arrivé dans les cinq ou dix premiers sur une soixantaine de candidats. Non pas parce que j’étais un super coureur, mais parce que j’étais très mental et animé d’une motivation à toute épreuve. Lorsque tout le reste de la troupe nous a rejoints à l’arrivée, l’instructeur s’est adressé à nous : Pour les dix premiers, vous avez une chance de terminer le stage. Pour les autres, cela va être particulièrement dur. Je me sentais encouragé et plutôt satisfait. Mais, soudain, j’ai eu très peur. Je me suis rendu compte que l’on était tous torse nu. Et moi, je suis tatoué de partout. Il faut bien comprendre que c’était beaucoup moins courant à l’époque, et pas forcément très bien connoté… L’instructeur a plongé ses yeux dans les miens et m’a dit : Toi, tu m’effaceras tout ça pour demain. J’ai dix-neuf ans. Je suis tatoué et ce n’est pas éphémère. Et dans ma grande intelligence de l’époque, je ne vois pas d’autres options que le fer à repasser. »
La seule idée qui vienne à l’esprit du jeune Marius, c’est d’utiliser un fer et de brûler tous les tatouages… « J’étais complètement débile. Quant à l’instructeur, il voulait juste me tester. C’était une vanne… une simple vanne d’instructeur. Mais j’étais totalement conditionné. » Ancien appelé devenu engagé, Marius s’apprêtait à réaliser les tests de sélection pour intégrer les légendaires commandos Marine. « Je ne voulais pas être jugé ou écarté à cause de mon physique et des stigmates de ma vie passée de voyou marseillais. Le temps que je trouve une solution viable avec mon fer à repasser, l’instructeur était passé à autre chose et avait oublié cette galéjade… Premier jour. Premier stress. Ce stage s’annonçait aussi physique que psychologique ! »
Au cours de sa carrière, Marius a été affecté à deux reprises comme instructeur au stage commando. Il explique que ce fut une véritable chance. « Le commandant de la formation était l’un de mes amis et nous avions servi ensemble en opération au commando de Montfort. Il voulait absolument que je rejoigne son équipe d’instructeurs. De mon côté, j’ai toujours souhaité transformer le produit brut : les candidats. Ce sont des diamants, comme j’aime à les appeler, non travaillés et non taillés, empreints d’idéaux et prêts à en découdre. Ils sont venus chercher quelque chose… »
Ce sont de jeunes militaires qui ont déjà une expérience et qui détiennent plusieurs qualifications chez les fusiliers marins. Marius confie : « À chaque fois que l’on s’apprête à débuter un stage, les différents supérieurs des candidats viennent toujours à notre rencontre pour nous donner leur avis sur les concernés. Untel est comme ça, untel est comme-ci. Mais on en fait totalement abstraction. On est totalement hermétique à leurs propos, car un bon instructeur du stage co’ se fait son idée par lui-même. D’ailleurs, il arrive souvent qu’un candidat qui n’a pas brillé lors de sa formation initiale se révèle pleinement durant le stage commando. »
Marius se rappelle pertinemment les paroles de ses instructeurs : « Si tu es à ma place un jour, n’oublie jamais de travailler avec humilité sans juger les candidats en amont, et en valorisant les personnes. Sois juste et honnête ». Ce discours a toujours résonné dans l’esprit de Marius lors des stages commandos qu’il a encadrés plus tard, en qualité d’instructeur. « D’autant plus que c’est l’un des stages les plus durs au monde. J’en suis persuadé ! On a conservé l’esprit originel, le fighting spirit de nos Grands Anciens, formés en Écosse. »










Grand respect pour tous les fusiliers marins et les commandos marine.
J’ai été un fusiller marin en 1966 et j’aimerais visiter mon ancienne école de SACO car elle a dû changer mais l’esprit doit toujours être le même rigueur travail sérieux
Merci pour cette belle histoire. Respect à ce commando.
Bravo à Marius pour avoir trouvé enfin son destin en servant la France et laisser derrière lui sa vie de mauvais garçon
Je me suis régalé en lisant cet article. C’est clair, net. Bravo !
J’ aurais souhaité rentré dans les Commandos de marine mais le physique n à pas tenus
Tous ces jeunes d aujourd’hui devraient s inspirer de cette expérience unique et gratifiante. »si tu cèdes un jour, tu cédera toujours « ..quel bonhomme de valeur .
Ancien arpette dans la marine, nous les appelions les têtes brûlées mais en mer avec nous j’ai vraiment découvert de braves gars
Bonjour en 1980 à bord du Tourville la fregate j ai eu l occasion d en côtoyer quelques uns j en garde un très bon souvenir des gens sur qui on pouvait compter en écrivant ces mots je les revois défiler devant moi quelques que soit leur grade ou fonction toujours droits dans leur bottes et fiers de leur métier.
Bonjour en1980 sur le Tourville la fregate j en ai côtoyé quelques uns quelque soit leur grade je ne les ai pas oublié des hommes sur qui on pouvait compter je revois leur visage en écrivant ces mots .bon vent bonne mer
Entrer dans l’armée est un choix. vouloir entrer dans les commandos est la volonté de de révéler le meilleur de soi par l’effort et la droiture.
Il a trouvé le chemin ou il a pu faire ce qu’il souhaitait sans le savoir grace au service militaire qui malheureusement n’existe plus et ou bon nombre de nos actuels petits délinquants devraient avoir droit…..
Bravo MARIUS. A 17 ans moi même j ai pris le chemin de l Armée .j étais plein ambitions mais malheureusement une blessure des ligaments à un genou très mal soignée. L armée m a considéré comme un tire au cul.j ai du faire mes 3 ans comme un pestiféré. J ai du quiter cette voie maintenant j en ai 71 et j ai toujours en moi cette frustration d avoir abandonné ce rêve que j ai toujours en moi. Marius je n ai pas eu ta chance.je t admire
Après l école des mousses en 64 – 65 , puis Maistrance l année d après, je suis entré au commando Trepel avant le CS ( cadre spécial ) . Les meilleures années de ma vie . Je m appelle Alain Maccario .
Magnifique témoignage.
Marius…..un sketch aux yeux de la plupart des commandos…. Eux qui cultivent la discussion et l’humilité comme vertus cardinales…. Quand vous leur parlez de « Marius » la quasi totalité arbore un rictus dans le meilleur des cas , les autres……
* Discrétion……
Merci à vous pour vos engagements envers la France
Est ce ce Marius qui a joué dans ce film formidable qu’est «Forces Speciales » ? Film bien sur décrié par des critiques antimilitaristes. J’ai adoré ce film qui ma encouragé lors de ma mise a la retraite militaire en 2012.
J’ai été fusilier commando de l’air, équivalent des fusilier commando de la marine, j’étais à Villacoublay, j’ai effectué 3 ans et demi respect au premier maître
Respect Marius , cela me rappelle ma jeunesse, j’étais Marcoin au Antilles Guyane de la 77/06 à l époque on contrôlait les anciennes mines d or si elles étaient pas encore exploitées en ce temps là c était coupe coupe ,boussoles, hamacs avec moustiquaires. Eh oui à nos jours c’est helico drone GPS. Toute une époque
Alain
J’ai fait l’école des fus en 1979 puis le stac je n’ai j’ai vu de caisse pour déposer quoique ce soit dedans.
Bravo. Que dites vous de l’amiral Ponchardier ? Quand vous arrivez à la coupée il est dit » Honneur et Patrie » ! Il faudrait que ce soit affiché obligatoirement à l’entrée de toutes les écoles Françaises, laïques et privées. Ça ferait réfléchir et prendre conscience aux parents et aux enfants !
Bravo. Que dites vous de l’amiral Ponchardier ? En effet il est regrettable qu’il n’y ait plus de service militaire. Quand, sur un navire de la Marine Nationale, on arrive à la coupée il est affiché » Honneur et Patrie » tout est dit au sujet de ce qu’on doit à son pays la France. Il serait fortement souhaitable que cet engagement soit gravé à la porte d’entrée de toutes les écoles francaises, laïques et privées. Cela ferait réfléchir et prendre conscience aux parents, aux enfants ce que doit être un Français dans son pays la France. J’espère que cette proposition arrivera au sommet de l’État et chatoullera les oreilles des Élites y compris celle de M. Mélanchon ( qui n’a pas fait son service militaire. Demandez lui pourquoi ?
Bon
Quel homme, toujours le même discours et droiture, respect des valeurs, ayant été sous vos ordres. Mes respects…