Le groupe norvégien Kongsberg a annoncé le 29 octobre 2026 un carnet de commandes de 174,2 milliards de couronnes norvégiennes à la fin du troisième trimestre, en hausse de 16,7 milliards sur trois mois. Ses nouvelles commandes ont atteint 23,3 milliards de couronnes sur le trimestre, contre 9,5 milliards un an auparavant. Ces données, détaillées dans ses résultats trimestriels publiés le 29 octobre, donnent une mesure de la montée en charge des industriels européens de l’armement.
Le chiffre d’affaires trimestriel du groupe atteint 11,3 milliards de couronnes, soit une progression de 50 % sur un an, tandis que son résultat opérationnel (EBIT) augmente de 66 %. Le carnet de commandes porte sur l’ensemble des activités de Kongsberg : il ne doit donc pas être assimilé intégralement à des achats militaires. Mais le groupe attribue une part importante de sa croissance à la défense antiaérienne, aux missiles et aux systèmes d’armes téléopérés.
La défense antiaérienne tire les commandes européennes
Parmi les contrats présentés par Kongsberg figure un accord d’environ 10 milliards de couronnes avec la Belgique pour le système NASAMS. Le pays devient ainsi le dix-huitième client de cette famille de défense antiaérienne. Le groupe indique également avoir conclu un contrat supplémentaire avec les Pays-Bas pour des livraisons de NASAMS. Ces commandes illustrent la priorité donnée à la protection de l’espace aérien dans plusieurs pays européens.
Les missiles constituent un autre moteur. L’armée de l’air américaine a passé en juillet une commande supplémentaire de Joint Strike Missiles destinés à ses F-35. Le groupe évoque aussi un accord-cadre avec le corps des Marines américain autour du Naval Strike Missile et l’intention annoncée en octobre par le Danemark d’acquérir le JSM. Il faut distinguer les commandes fermes des intentions d’achat : elles n’ont pas le même degré d’engagement financier.
Cette dynamique est également relevée par Reuters dans son compte rendu du 29 octobre, qui souligne l’accélération des prises de commandes et l’importance de la demande européenne pour les missiles et la défense aérienne.
La capacité à produire devient aussi stratégique que les contrats
Un carnet de commandes élevé représente du travail industriel à réaliser sur plusieurs années, pas des équipements immédiatement disponibles. L’enjeu pour les États acheteurs est donc celui des cadences de fabrication, des sous-traitants et des délais de livraison. Dans sa présentation stratégique du 29 octobre, le directeur général Eirik Lie met précisément l’accent sur l’exécution des contrats déjà signés.
Kongsberg indique renforcer sa capacité de production, notamment avec un projet d’usine en Pologne. En Norvège, l’ouverture du site Horten Horizon ajoute 45 000 mètres carrés de bureaux, laboratoires et installations de production. Ces investissements visent à répondre à la demande, sans garantir à eux seuls l’absence de tensions sur les composants, les compétences ou les calendriers.
Missiles, lutte antidrones et systèmes sous-marins
Le groupe développe parallèlement ses activités dans les équipements téléopérés, utilisés notamment pour des fonctions de lutte antidrones. Un contrat porte sur des stations d’armes destinées aux véhicules de soutien blindés de l’armée canadienne. Dans le domaine sous-marin, Kongsberg fait état d’un contrat américain de 54 millions de dollars lié à des capacités autonomes, ainsi que de l’acquisition de l’entreprise américaine Sonatech, spécialisée dans l’acoustique sous-marine.
Pour les forces armées européennes, ces résultats montrent que l’augmentation des budgets de défense se traduit par une accumulation de programmes à livrer, mais pas nécessairement par une disponibilité opérationnelle immédiate. La question centrale devient la transformation de ces engagements en systèmes fabriqués, intégrés, maintenus et effectivement déployés. Le prochain test sera moins la signature de nouvelles commandes que la tenue des calendriers industriels annoncés.








