Ukraine : la paix se négocie, l’Europe se finance enfin

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Ukraine : la paix se négocie, l'Europe se finance enfin
Ukraine : la paix se négocie, l'Europe se finance enfin | Armees.com

Un cessez-le-feu à Olechky, Zelensky parle d’« immense succès » — et l’Europe retient son souffle. Mais derrière la trêve, une question s’impose avec brutalité : combien ce conflit nous a-t-il coûté, et surtout, l’Europe est-elle enfin prête à assumer seule sa sécurité ? La réponse est inconfortable.

2,1 %

Part du PIB consacrée à la défense par la France en 2026, encore loin des 3 % réclamés par l’OTAN pour crédibiliser la dissuasion européenne face à la Russie.

La trêve ne signifie pas la paix — ni la fin des dépenses

Olechky sous cessez-le-feu. Kherson qui respire. Zelensky qui pavoise. La scène est émouvante, et je comprends le soulagement des Ukrainiens. Mais qu’on ne s’y trompe pas : une trêve n’est pas un traité de paix, et l’histoire récente nous enseigne que les pauses dans les conflits russo-ukrainiens ont souvent servi à recharger les arsenaux plutôt qu’à construire une architecture de sécurité durable.

Ce cessez-le-feu pose une question stratégique majeure à l’Europe, et à la France en particulier : profite-t-on de cette accalmie pour accélérer notre remontée en puissance militaire, ou retombe-t-on dans la tentation du dividende de paix ? Cette erreur, nous l’avons déjà commise après 1991, puis après 2014. Les résultats sont connus : des armées saignées à blanc, un tissu industriel de défense sous-financé, et une dépendance structurelle aux États-Unis que Washington ne cesse de nous reprocher — à raison.

Force est de constater que la guerre en Ukraine a au moins eu un mérite : réveiller quelques capitales européennes de leur confort budgétaire. Mais le réveil est encore trop timide.

L’Europe paie-t-elle vraiment le prix de sa sécurité ?

Comparons ce qui est comparable. L’Allemagne, après des décennies de désarmement idéologique assumé, a lancé son Sondervermögen — un fonds spécial de 100 milliards d’euros dédié à la Bundeswehr. Les Polonais, eux, frôlent désormais les 4 % du PIB consacrés à la défense. Quatre pour cent. Pendant ce temps, la France, qui se targue d’être la première puissance militaire de l’Union européenne, plafonne à 2,1 % et peine à tenir la trajectoire de sa propre Loi de Programmation Militaire 2024-2030.

Je ne dis pas que dépenser plus signifie automatiquement dépenser mieux. L’efficacité de la dépense militaire est un sujet en soi, et nos armées savent que chaque euro compte sur le terrain comme dans les programmes d’armement. Mais en dessous d’un certain seuil, la crédibilité stratégique s’effondre. Et la crédibilité, en géopolitique, c’est la monnaie qui achète la dissuasion — et donc, paradoxalement, la paix.

L’industrie de défense française — Thales, Safran, MBDA, Naval Group — est capable de produire des équipements parmi les meilleurs au monde. Encore faut-il lui en donner les commandes, et les commandes fermes, pas les promesses budgétaires qui s’évaporent en loi de finances rectificative.

La trêve est une opportunité — ne la gâchons pas

Si le cessez-le-feu tient et qu’une négociation s’engage réellement, l’Europe disposera d’une fenêtre précieuse. Non pas pour se rendormir, mais pour reconstruire une architecture de défense collective qui ne soit plus sous perfusion américaine. Cela suppose des choix courageux : prioriser le budget de défense sur d’autres dépenses publiques moins essentielles à notre souveraineté, accélérer l’interopérabilité des armées européennes, et investir massivement dans les domaines où les conflits de demain se joueront — cyber, espace, renseignement, drones.

La paix, si elle vient, ne sera pas gratuite. Elle aura un coût budgétaire, industriel et politique. La vraie question n’est pas de savoir si nous pouvons nous le permettre. C’est de savoir si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire.

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