La France augmente son budget de défense. Très bien. Mais une question reste sans réponse : est-ce que cet argent est réellement bien dépensé ? À l’heure où les cyberattaques paralysent des acteurs financiers majeurs — comme au Japon avec le hack de GMO Internet — la résilience numérique des armées n’a jamais été aussi cruciale. Et aussi coûteuse.
413 Mds€
C’est le montant total de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 — le budget de défense le plus ambitieux de la Ve République. Encore faut-il qu’il soit dépensé intelligemment.
L’argent ne fait pas la doctrine
On dépense plus. Acte. La LPM 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur six ans, une montée en charge inédite depuis des décennies. Le discours officiel est rodé : la France réarme, elle tient ses engagements vis-à-vis de l’OTAN, elle montre l’exemple. Soit.
Mais une question fondamentale est soigneusement évitée dans les couloirs de la rue Saint-Dominique : cette montée en puissance budgétaire s’accompagne-t-elle d’une montée en puissance réelle des capacités ? L’expérience des pays qui nous précèdent sur ce chemin devrait nous inciter à la prudence. La Suède, qui a restructuré ses forces armées dans les années 2000 en les réduisant drastiquement, a mis dix ans à reconstituer sa masse critique — et a dépensé deux fois plus que prévu pour y parvenir. L’argent public, en matière de défense comme ailleurs, ne crée pas de capacités par décret.
Le vrai sujet, celui qu’on n’ose pas poser frontalement, c’est celui de la productivité de la dépense militaire. Combien coûte réellement un soldat français, équipé, formé, projetable ? Combien de temps faut-il pour livrer un programme d’armement à l’heure, dans les délais contractuels ? Les réponses, quand elles existent, sont rarement flatteuses.


