Depuis mai 2026, l’Ukraine a lancé plus de 114 attaques coordonnées aux drones contre les installations de raffinage russes. Résultat : un tiers de la capacité de raffinage du pays est paralysé, Rosneft avoue à Bloomberg que « quelques mois supplémentaires pourraient causer des dommages durables », et la stratégie ukrainienne redessine les contours de la guerre asymétrique du XXIe siècle.
La campagne des drones ukrainiens : 114 attaques confirmées contre le cœur de la capacité de raffinage russe
Entre janvier et octobre 2026, l’armée ukrainienne a multiplié par deux le rythme de ses frappes contre l’infrastructure énergétique russe par rapport à 2025. Bloomberg recense 114 attaques confirmées visant spécifiquement les raffineries, avec une accélération notable au cours des derniers mois. En septembre, 15 frappes de drones ont été enregistrées, dont cinq ciblant directement les installations de Rosneft alimentant l’ouest de la Russie. La précision chirurgicale des opérations témoigne d’une planification minutieuse : chaque installation est frappée à répétition, empêchant toute remise en service durable.
Après une brève pause de trois jours respectant un cessez-le-feu énergétique proposé par Donald Trump le 11 octobre, Kyiv a repris les hostilités dès le 15 octobre. Volodymyr Zelensky justifie cette décision par l’incapacité de Moscou à garantir des contreparties crédibles. Les drones ukrainiens ont immédiatement frappé la raffinerie de Ryazan, confirmant que la stratégie de guerre énergétique reste une priorité absolue pour l’état-major ukrainien.
Les 12 raffineries de Rosneft représentent environ un tiers de la capacité totale de raffinage russe. Ce géant contrôlé par l’État, dirigé par Igor Sechin, constitue donc une cible stratégique de premier ordre. Selon les révélations de Bloomberg, les dirigeants de Rosneft ont exprimé des préoccupations selon lesquelles même la poursuite de la guerre contre l’Ukraine pendant quelques mois supplémentaires pourrait causer des dommages durables à l’ensemble de l’entreprise. Un aveu sans précédent pour une compagnie habituée à afficher une façade inébranlable.
La concentration des frappes sur les installations de Rosneft n’est pas fortuite. Le groupe approvisionne directement l’armée russe en carburant militaire, notamment via la raffinerie de Syzran, d’une capacité annuelle de 9 millions de tonnes. Paralyser Rosneft revient à assécher une artère vitale de la machine de guerre russe, tout en infligeant un coup sévère à l’économie nationale.
Tactiques et résultats mesurables : l’efficacité de la stratégie ukrainienne
Trois installations clés hors service : Tuapse, Ryazan, Syzran
La raffinerie de Tuapse, hub d’exportation stratégique sur la mer Noire, est à l’arrêt complet depuis avril 2026 suite à une série soutenue d’attaques. Ryazan, frappée pour la première fois en mai, a été mise hors ligne plus de la moitié du temps depuis lors et fonctionne désormais bien en dessous de sa capacité nominale. Quant à Syzran, elle tourne à moins d’un tiers de sa capacité depuis six mois, privant l’armée de l’air russe d’une source d’approvisionnement cruciale.
L’impact opérationnel dépasse largement les simples arrêts temporaires. Chaque frappe endommage des équipements critiques dont le remplacement nécessite des pièces autrefois sourçées en Occident. Les sanctions internationales contraignent désormais Rosneft à se tourner vers des équivalents russes ou chinois, avec des délais de livraison de plusieurs mois. L’effondrement des revenus pétroliers russes complique encore la situation financière du groupe.
La stratégie du ralentissement : pourquoi les réparations s’éternisent
Face à la répétition incessante des frappes, Rosneft a conclu que reconstruire les raffineries pour les voir frappées à nouveau constitue une bataille perdue d’avance. Le groupe étire délibérément les réparations sur plusieurs semaines, transformant des travaux qui prendraient normalement quelques jours en opérations s’étalant sur des mois.
Paradoxalement, ce ralentissement volontaire sert les intérêts ukrainiens. Plutôt que de concentrer les frappes sur des installations rapidement remises en service, Kyiv maintient une pression continue sur un parc de raffineries durablement affaiblies. L’armée ukrainienne maximise ainsi l’impact stratégique de chaque drone déployé, avec un rapport coût-efficacité remarquable. Les tactiques de drones ukrainiens s’affinent progressivement, devenant une référence pour les conflits asymétriques futurs.
Impact opérationnel et implications stratégiques
Bénéfices en chute libre : -20% de profit pour Rosneft au H1 2026
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le bénéfice net de Rosneft a chuté de 20% au premier semestre 2026, tombant à 200 milliards de roubles (2,4 milliards de dollars). Parallèlement, le ratio de la dette nette aux bénéfices a bondi à 1,8 fois, atteignant son niveau le plus élevé en plus de cinq ans. Bloomberg rapporte que cette dégradation financière inquiète jusqu’aux actionnaires étrangers du groupe, notamment l’Autorité d’investissement du Qatar qui détient 18,4% du capital.
Malgré ces difficultés, Rosneft maintient officiellement que « pas une seule station-service n’a été fermée » et que « les consommateurs reçoivent du carburant en totalité à des prix stables ». Un discours rassurant qui masque difficilement la réalité opérationnelle : la capacité de raffinage russe s’effrite, menaçant à terme l’approvisionnement intérieur et les exportations.








