Ukraine, Iran, Arctique : l’Occident paie ses années de naïveté

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Ukraine, Iran, Arctique : l'Occident paie ses années de naïveté
Ukraine, Iran, Arctique : l'Occident paie ses années de naïveté | Armees.com

Pendant que Steve Witkoff et Jared Kushner s’envolent vers la Norvège pour tenter de relancer des pourparlers de paix ukrainiens, les bases américaines du Golfe brûlent sous les missiles iraniens. Deux théâtres, un seul constat : l’Occident récolte aujourd’hui les fruits amers de deux décennies de désinvestissement militaire. Et la France, dans tout cela, ne fait pas exception.

34 %

C’est la part du budget de défense américain consacrée au seul maintien des bases et infrastructures militaires à l’étranger, des positions désormais devenues des cibles, pas des atouts.

L’Amérique, géant aux pieds d’argile dans le Golfe

Force est de constater que la superpuissance américaine traverse une crise de crédibilité militaire qu’elle n’avait pas connue depuis les années 1970. Ses bases dans le golfe Arabo-Persique, censées projeter la puissance et dissuader Téhéran, sont aujourd’hui visées, parfois détruites, par les frappes de la République islamique. Le Pentagone hésite entre repli et escalade — deux options qui, chacune à sa façon, valident la stratégie iranienne.

Ce n’est pas un problème de bravoure. C’est un problème de doctrine et, in fine, de budget. Pendant des années, les États-Unis ont surinvesti dans des infrastructures lourdes, coûteuses, statiques, conçues pour un autre siècle. Des bunkers géants face à des essaims de missiles hypersoniques low-cost : le rapport qualité-prix de la dissuasion américaine dans la région s’est effondré. Chaque base détruite représente des milliards de dollars partis en fumée — au sens littéral.

L’envoi de Witkoff et Kushner à Oslo, puis probablement à Moscou, traduit une réalité que Washington commence à admettre en coulisse : les moyens militaires ne suffisent plus à imposer une solution. La diplomatie reprend la main, non par idéalisme, mais par épuisement capacitaire. C’est une leçon que l’Europe devrait méditer avec la plus grande attention.

L’Europe dans le brouillard, la France dans l’attente

Pendant que les Américains négocient sous la contrainte, que se passe-t-il en Europe ? On parle, on réarme en théorie, on vote des enveloppes budgétaires que les États membres peinent à honorer dans les délais. La guerre en Ukraine a bien provoqué un électrochoc rhétorique. Mais je constate que les actes tardent à suivre les discours.

La France, elle, se retrouve dans une position ambiguë. Son armée professionnelle, ses capacités nucléaires, son siège au Conseil de sécurité en font un acteur incontournable. Mais ses budgets, longtemps sacrifiés sur l’autel de la dépense sociale — la France consacre plus de 31 % de son PIB aux dépenses publiques sociales, contre 25 % en Allemagne —, n’ont été sérieusement relevés qu’à partir de la LPM 2024-2030. Trop lentement, trop tard selon nombre d’experts.

L’industrie de défense française, Thales, KNDS, Naval Group, Safran, a les savoir-faire. Elle manque de visibilité contractuelle à long terme et de commandes massives, seules capables de faire baisser les coûts unitaires et d’accélérer les cadences. C’est une équation industrielle, pas un problème de volonté politique abstraite.

La route Arctique, symbole d’un monde qui change sans nous

En arrière-plan de ces crises, un signal faible mérite attention : la route maritime arctique. Le Monde rappelle cette semaine que son potentiel commercial reste limité. Mais trois nations — Russie, Chine, États-Unis — y investissent massivement pour des raisons stratégiques et militaires, pas logistiques.

Qui contrôle l’Arctique contrôle les lignes de communication sous-marines, les ressources énergétiques du futur et une nouvelle frontière de dissuasion nucléaire. La France, puissance navale de premier rang, n’a pour l’instant aucune stratégie arctique digne de ce nom.

Le monde se redessine sous nos yeux : au Golfe, en Ukraine, en Arctique. Pendant que les diplomates américains font la navette entre Oslo et Moscou, la vraie question est posée à chaque capitale européenne : quel est votre niveau d’engagement réel ? Pas en discours de tribune. En euros, en équipements, en hommes formés.

L’histoire, elle, n’attend pas les budgets rectificatifs.

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