Une frégate française abat un drone au-dessus de Bab el-Mandeb : le commandant a eu moins de 90 secondes pour décider du tir

Un drone fonce vers un géant des mers, la France ouvre le feu en pleine nuit. Derrière ce tir, des marins inquiets et une tension qui monte d’un cran en mer Rouge.

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Une frégate française abat un drone au-dessus de Bab el-Mandeb : le commandant a eu moins de 90 secondes pour décider du tir
Une frégate française abat un drone au-dessus de Bab el-Mandeb : le commandant a eu moins de 90 secondes pour décider du tir © Armees.com

Dans la nuit du 1er au 2 octobre 2026, une frégate de la marine nationale a ouvert le feu sur un drone jugé menaçant dans le détroit de Bab el-Mandeb, à proximité d’un porte-conteneurs de l’armateur CMA CGM. Le Languedoc, frégate multimission longue de 142 mètres, a utilisé son canon pour abattre l’engin.

L’information, d’abord révélée par Le Monde, a été confirmée par l’état-major des armées. « La frégate française a fait usage de son canon contre un drone jugé menaçant et l’a abattu », a indiqué l’EMA.

Il s’agissait d’un drone de surveillance, et non d’un drone d’attaque, selon Le Monde. L’engin observait un convoi comprenant le porte-conteneurs Champs-Élysées, que le Languedoc escortait justement à travers le détroit et en mer Rouge. Le drone se dirigeait vers le navire, ce qui a obligé l’équipage à modifier son cap et sa vitesse.

Le Champs-Élysées est l’un des plus grands porte-conteneurs au monde, propulsé au gaz naturel liquéfié et capable de transporter environ 23 000 conteneurs. Mis en service en 2020, il est décrit comme un bijou technologique de la flotte CMA CGM.

Les marins de CMA CGM inquiets depuis l’envoi de militaires à Yanbu

CMA CGM précise qu’avant chaque traversée du détroit, l’accord formel de chaque membre d’équipage est sollicité. L’armateur dit rester « en lien permanent avec les autorités françaises » et entretenir un dialogue quotidien avec ses équipages et leurs organisations syndicales.

Depuis septembre 2026, les Houthis contrôlent le littoral yéménite de la mer Rouge, renforçant leur emprise sur Bab el-Mandeb. Le conflit entre les rebelles et Ryad a repris en juillet 2026, en pleine guerre au Moyen-Orient. Les Houthis affirment ne viser que les navires liés à des intérêts saoudiens. Or CMA CGM ne possède aucun navire enregistré en Arabie saoudite, même si l’armateur a investi massivement dans des ports du royaume, notamment à Djedda.

L’inquiétude des marins est montée d’un cran le 24 septembre, quand Emmanuel Macron a annoncé l’envoi de moyens militaires défensifs à Yanbu, principal terminal saoudien d’exportation de brut sur la mer Rouge et cible des Houthis. Un précédent pèse sur les esprits : le 5 mai 2026, le porte-conteneurs CMA CGM San Antonio avait été attaqué dans le détroit d’Ormuz, faisant plusieurs blessés parmi l’équipage.

Deux frégates mobilisées dans le cadre de la mission européenne Aspides

Deux frégates de la marine nationale sont déployées près de Bab el-Mandeb pour sécuriser les approvisionnements stratégiques, dans le cadre de l’opération européenne Aspides. L’une d’elles est le Languedoc, auteur du tir du 1er au 2 octobre. Selon l’EMA, la frégate engagée « accompagne actuellement environ deux navires par jours, contribuant à la liberté de navigation sur un axe stratégique du commerce mondial ».

Depuis février 2024, plus de 150 navires civils ont été protégés dans le cadre d’Aspides, les escortes étant organisées à la demande des armateurs auprès du Maritime Information Cooperation and Awareness Center. Dans son compte rendu des opérations pour la semaine du 1er au 8 octobre, l’EMA est resté discret sur l’incident, se limitant à évoquer la poursuite de la mission.

Le dernier épisode comparable remonte au 18 avril 2025 : l’EMA avait diffusé une vidéo montrant une frégate utiliser son canon de 76 mm contre un drone lancé depuis le Yémen par les Houthis. Aucun incident de ce type n’avait été signalé officiellement depuis.

On ignore si la conduite de tir du Languedoc a été modernisée avec le système STIR 1.2 EO Mk2 de Thales, décidé à la suite du retour d’expérience de la marine dans Aspides. Selon le fabricant, ce dispositif permet de suivre des « menaces rapides avec une grande précision », y compris dans des environnements fortement encombrés, et de fournir des données de guidage aux missiles comme aux canons de calibre moyen.

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