CMA CGM, Bab Al-Mandab : la facture stratégique que personne ne calcule

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CMA CGM, Bab Al-Mandab : la facture stratégique que personne ne calcule
CMA CGM, Bab Al-Mandab : la facture stratégique que personne ne calcule | Armees.com

Une frégate française abat un drone au-dessus de la mer Rouge pour protéger un porte-conteneurs de CMA CGM. Beau geste. Mais qui paie ? Et surtout, jusqu’où la marine nationale peut-elle tenir ce rôle de vigile mondial des routes commerciales, avec les moyens qu’on lui alloue ?

3 000 €

Coût estimé à la minute d’exploitation d’une frégate de la marine nationale en opération — hors munitions.

Une marine nationale en première ligne, sans tambour ni trompeau

Dans la nuit du 1er au 2 octobre, quelque part dans le détroit de Bab Al-Mandab, une frégate de la marine nationale française a fait son travail. Proprement, discrètement, efficacement. Un drone menaçant un navire de CMA CGM — groupe français, fleuron de notre commerce extérieur — a été abattu avant qu’il n’atteigne sa cible. Zéro blessé, zéro incident diplomatique, mission accomplie.

Ce genre d’épisode ne fait pas la une des journaux plus de quarante-huit heures. On passe à autre chose. On oublie. Et pourtant, c’est précisément dans ces eaux agitées que se joue une partie essentielle de la souveraineté économique française. Quelque 12 % du commerce mondial transite par Bab Al-Mandab. Chaque containeur qui passe, chaque route commerciale sécurisée, c’est de la croissance, des emplois, des recettes fiscales. La marine nationale est, qu’on le veuille ou non, un outil de politique économique autant que militaire.

Alors pourquoi les syndicats de marins parlent-ils de « manque de transparence » ? Parce que CMA CGM, entreprise privée dont le chiffre d’affaires dépasse les 60 milliards d’euros annuels, bénéficie d’une protection régalienne dont le coût n’est jamais vraiment mis sur la table.

L’équation budgétaire que nos dirigeants évitent soigneusement

Déployons la frégate mentalement et parlons chiffres. Une opération comme celle-ci mobilise un bâtiment, son équipage, ses munitions — les missiles Aster ne sont pas donnés — et tout le soutien logistique derrière. L’opération Aspides, cadre européen dans lequel s’inscrit partiellement notre présence en mer Rouge, coûte plusieurs dizaines de millions d’euros par mois à l’ensemble des contributeurs. La France, membre fondateur et acteur principal, ne fait pas exception.

Or, force est de constater que la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 a beau afficher des ambitions à 413 milliards d’euros sur sept ans, la réalité des théâtres d’opérations s’emballe plus vite que les prévisions budgétaires. La menace houthie en mer Rouge n’était pas dans les scénarios de planification d’il y a cinq ans. Idem pour la guerre en Ukraine et son impact sur nos stocks de munitions. La carte géopolitique se réécrit plus vite que nos tableaux Excel.

Je pose donc la question, sans démagogie : si la marine nationale est le gardien des routes commerciales françaises, ne serait-il pas légitime que les grands bénéficiaires — armateurs, importateurs, assureurs — contribuent de manière formelle à cet effort de sécurisation ? En Allemagne, aux Pays-Bas, ce débat existe. En France, il est tabou.

Entre-temps, nos marins naviguent sous tension

Les équipages, eux, font face. Avec un taux de disponibilité des frégates qui reste un sujet de préoccupation récurrent, avec des rotations longues et des familles qui attendent. Le sous-investissement chronique des années 2000-2015 a laissé des traces profondes dans les capacités de la flotte.

La bonne nouvelle, c’est que la France a encore les moyens d’agir. La mauvaise, c’est que cette capacité s’érode si chaque euro de défense doit se justifier face aux dépenses sociales dans un budget sous pression.

La mer Rouge n’attend pas. Les Houthis non plus. Et les équipages de CMA CGM — qui exigent à juste titre de la transparence — méritent au moins que la nation soit honnête sur ce que leur protection coûte et sur qui doit en assumer la charge.

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