La souveraineté ne se limite plus aux frontières physiques, aux ressources énergétiques ou aux capacités militaires. Elle se joue désormais sur un terrain immatériel mais tout aussi stratégique : celui de l’information. L’étude menée par Ipsos BVA pour Entreprises et Médias entre le 2 et le 5 septembre 2026 auprès de 1 000 Français met en lumière une prise de conscience massive : 87% des personnes interrogées considèrent la souveraineté de la France comme un enjeu important. Mais dans le même temps, 76% jugent son niveau actuel insuffisant.
Le diagnostic est sans appel. Les Français identifient clairement les nouvelles vulnérabilités du pays. La dépendance aux ressources extérieures arrive en tête des préoccupations avec 52% des réponses, suivie par le niveau de la dette publique à 46%. Mais c’est ensuite que les choses deviennent intéressantes : 31% citent les cyberattaques et 28% la dépendance aux géants du numérique et aux technologies étrangères.
La dépendance numérique, talon d’Achille informationnel
Reprenons. L’information circule aujourd’hui principalement par des canaux que nous ne contrôlons pas : moteurs de recherche, réseaux sociaux, plateformes technologiques. Ces infrastructures immatérielles sont massivement dominées par des acteurs américains ou chinois. Google, Facebook, TikTok, X ne sont pas de simples outils neutres : ce sont des architectures qui façonnent la manière dont nous accédons au réel, dont nous hiérarchisons les faits, dont nous construisons notre opinion.
Le problème, c’est que cette dépendance technique crée une vulnérabilité politique. Quand l’essentiel de l’espace informationnel d’un pays transite par des infrastructures étrangères, la capacité collective à se forger librement un jugement devient fragile. Et l’arrivée de l’intelligence artificielle ne fait qu’aggraver cette fragilité : 87% des Français interrogés craignent que l’IA accélère la production et la diffusion de fausses informations. Ce chiffre est considérable.
En réalité, la souveraineté informationnelle et la souveraineté numérique sont indissociables. On ne peut pas prétendre maîtriser l’une sans l’autre. Tant que les outils qui structurent notre accès à l’information resteront entre des mains étrangères, la capacité d’un pays à défendre son autonomie de pensée restera compromise.
Les entreprises, nouveaux acteurs de la bataille informationnelle
Mais voilà que l’étude révèle un basculement inattendu : 84% des Français considèrent que les entreprises françaises ont un rôle à jouer dans la souveraineté, en lien avec l’État. Les citoyens ne voient plus la souveraineté comme une affaire exclusivement régalienne. Ils attendent des entreprises qu’elles contribuent activement à la défense de l’autonomie nationale, notamment sur le terrain informationnel.
Plus précisément, 66% des Français souhaitent que les entreprises prennent la parole sur les grands enjeux du pays et partagent leurs expertises. Les domaines attendus sont explicites : cybersécurité à 80%, transformations technologiques à 77%, intelligence artificielle à 71%, désinformation à 65%. Autrement dit, les entreprises ne sont plus seulement des cibles potentielles de campagnes de déstabilisation, elles sont désormais perçues comme des acteurs légitimes du débat public, détentrices de compétences techniques et stratégiques que l’État seul ne peut mobiliser.
Les Français veulent d’abord que les grandes entreprises maintiennent ou relocalisent la production en France, à 47%. Ils souhaitent ensuite un Made in France abordable, à 29%. En retour, ils attendent des pouvoirs publics des règles de concurrence équitables, notamment l’application des mêmes normes aux produits importés, à 35%, et un allègement des impôts et charges, à 32%.
Un sentiment d’information défaillante
Reste un dernier chiffre, qui éclaire tout le reste : 63% des Français ont le sentiment de ne pas être bien informés sur les grands enjeux auxquels le pays doit faire face. Malgré l’abondance d’informations disponibles, la qualité perçue de cette information est faible. Les citoyens se sentent submergés, désorientés, parfois manipulés. Dans ce contexte, la demande adressée aux entreprises de prendre la parole sur la cybersécurité, l’IA ou la désinformation prend tout son sens : elle traduit une recherche de repères fiables, d’expertises crédibles, dans un espace informationnel saturé de bruit et de stratégies d’influence.








