La crise française contamine l’Europe : qui paiera la défense ?

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La crise française contamine l'Europe : qui paiera la défense ? | Armees.com

Rome révise ses objectifs de déficit à la hausse pour financer ses armées. Paris, elle, navigue à vue entre impasse budgétaire et ambitions militaires. Pendant ce temps, nos alliés commencent à douter. L’Europe de la défense ne se construira pas avec des comptes publics en ruine.

3 460 Mds€

C’est la dette publique française — le boulet que la France traîne au moment précis où elle devrait accélérer sur la défense.

Quand Paris tousse, Rome s’enrhume

Le signal venu d’Italie est éloquent. Rome vient de revoir à la hausse ses objectifs de déficit pour 2027 et 2028, assumant ouvertement d’emprunter davantage pour financer ses dépenses de défense et d’énergie. Décision contestable sur le plan budgétaire, certes. Mais au moins, les Italiens ont la franchise de nommer les arbitrages. Chez nous, on préfère l’esquive.

Car ce que révèle cette contagion financière, c’est une vérité que personne ne veut entendre à Paris : la crise des finances françaises n’est plus une affaire intérieure. Elle se propage. Les investisseurs le savent, les partenaires européens le savent, les états-majors alliés le savent. Quand la France — deuxième économie de la zone euro, membre permanent du Conseil de sécurité, puissance nucléaire — donne des signes de faiblesse budgétaire chronique, toute l’architecture de sécurité européenne vacille.

La Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros d’investissement sur la période. Ambitieux sur le papier. Mais avec un déficit public qui peine à descendre sous les 5% du PIB et une dette à 3 460 milliards, on peut légitimement se demander comment ces engagements seront tenus sans sacrifier autre chose — ou sans creuser encore davantage le gouffre.

L’Allemagne dépense, la France promet

Comparer les trajectoires fait mal. L’Allemagne a créé un fonds spécial de 100 milliards d’euros dédié à la Bundeswehr, hors budget ordinaire. La Pologne consacre désormais 4% de son PIB à la défense — du jamais vu en Europe occidentale. La Suède et la Finlande, nouvelles membres de l’OTAN, ont restructuré leurs priorités budgétaires en quelques mois à peine, avec une efficacité d’exécution qui force le respect.

La France, elle, oscille entre discours sur la « réarmement moral » et budgets qui se négocient dans la douleur à Bercy. On atteint péniblement les 2% du PIB exigés par l’OTAN — seuil que nous aurions dû franchir depuis des années. Et encore, une partie de cet effort repose sur des agrégats discutables : certaines dépenses de gendarmerie ou de retraites militaires gonflent artificiellement le chiffre affiché.

L’enjeu n’est pas seulement comptable. C’est une question de crédibilité stratégique. Un pays qui ne maîtrise pas ses finances publiques ne peut pas être un pilier fiable de la sécurité collective. Nos alliés ne sont pas dupes.

Dépenser mieux avant de dépenser plus

La solution n’est pas de singer l’Italie en laissant filer le déficit. C’est précisément ce réflexe de facilité qui nous a conduits au bord du précipice. La vraie réforme, c’est de rationaliser massivement la dépense publique civile pour dégager des marges réelles en faveur de la défense. Cinq points de PIB de dépenses publiques en moins, c’est entre 120 et 130 milliards de redéployables. Pas besoin d’inventer la poudre.

Mais cela suppose un courage politique que la classe dirigeante française n’a pas encore trouvé. Pendant que les candidats à la présidentielle peaufinent leurs programmes sociaux à coups de milliards non financés, la question militaire reste le parent pauvre du débat. C’est un luxe que la France ne peut plus se permettre.

Nos armées méritent des moyens réels, pas des engagements virtuels gagés sur une dette que nos enfants rembourseront. Il est temps que le redressement budgétaire devienne, enfin, une priorité de souveraineté.

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