Une frégate, des avions de patrouille et des centaines de militaires britanniques et norvégiens ont suivi un sous-marin d’attaque russe et deux sous-marins espions à proximité d’infrastructures sous-marines situées au nord du Royaume-Uni. L’opération a duré plus d’un mois avant que les appareils russes ne finissent par quitter la zone.
Le ministre britannique de la Défense, John Healey, a révélé ce déploiement le jeudi 9 avril 2026. Les armées britannique et norvégienne ont mené cette opération pour dissuader des sous-marins russes soupçonnés d’activités malveillantes dans l’Atlantique Nord. « Nous voyons votre activité sur nos câbles et nos pipelines et vous devez savoir que toute tentative de les endommager ne sera pas tolérée et aura de graves conséquences », a prévenu le ministre.
Lors d’une conférence de presse, Healey a lié cette surveillance au contexte international. « Poutine voudrait que nous soyons distraits par le Moyen-Orient », a-t-il affirmé, avant d’ajouter qu’ils ne quitteraient pas Poutine des yeux.
Oslo et Londres alignent 13 navires de guerre
L’épisode s’inscrit dans une coopération renforcée entre les deux pays. En décembre 2025, le Royaume-Uni et la Norvège avaient annoncé de nouvelles patrouilles navales conjointes pour protéger les câbles sous-marins, à l’issue d’un entretien sur la défense entre le Premier ministre Keir Starmer et son homologue norvégien Jonas Gahr Støre.
L’accord, signé par le ministre norvégien de la Défense Tore O. Sandvik et par Healey, prévoit une flotte combinée d’au moins 13 navires de guerre, cinq norvégiens et huit britanniques, opérant le long du flanc nord de l’OTAN. Sandvik avait résumé l’objectif en deux mots : « se défendre ensemble ».
En août 2025, un accord de 11 milliards d’euros avait déjà scellé l’achat par la Norvège d’au moins cinq frégates britanniques. Selon la Grande-Bretagne, l’activité navale russe autour de ses eaux a augmenté de 30 % en deux ans.
Le Royaume-Uni muscle aussi sa réponse à la flotte fantôme russe, ces pétroliers vieillissants à la propriété opaque qui contournent les sanctions de l’UE, des États-Unis et du G7 imposées après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Fin mars 2026, Londres s’est dit prêt à saisir ces navires, alors qu’il se contentait auparavant d’appuyer la surveillance française et américaine.
« Nous sommes prêts à prendre des mesures contre les navires », a déclaré Healey. Le 20 mars 2026, un soldat français était descendu en rappel depuis un hélicoptère jusqu’au pétrolier Deyna, soupçonné d’appartenir à cette flotte, en Méditerranée.
La menace jugée la plus active sur les infrastructures occidentales
Fin 2025, dans un entretien à Euronews, le secrétaire général adjoint par intérim de l’OTAN pour l’innovation, les menaces hybrides et le cyberespace, James Appathurai, a qualifié les attaques persistantes contre les câbles sous-marins en Europe de menace la plus active pour les infrastructures occidentales, en pointant la Russie.
Début novembre 2025, deux câbles avaient été sectionnés en mer Baltique entre la Suède et la Lituanie, un autre entre l’Allemagne et la Finlande, des incidents qui avaient alarmé l’OTAN et les États membres.
Appathurai a décrit un dispositif ancien et structuré : il a expliqué que les Russes mettaient en œuvre un programme qu’ils avaient depuis des décennies, un euphémisme pour désigner une structure paramilitaire, très bien financée, qui cartographiait tous nos câbles et nos pipelines énergétiques. Cette organisation disposerait de navires de recherche équipés de petits sous-marins, de véhicules télécommandés sans équipage, de plongeurs et d’explosifs, a-t-il précisé.
Un an plus tôt déjà, une enquête du Sunday Times diffusée le dimanche 6 avril 2025 affirmait que la Russie était soupçonnée d’avoir installé des capteurs pour espionner les quatre sous-marins nucléaires britanniques, plusieurs d’entre eux ayant été retrouvés échoués sur le littoral et d’autres localisés par la Royal Navy.
Le ministère de la Défense avait alors écarté ces révélations, parlant de spéculations et assurant que sa force de dissuasion nucléaire en mer patrouille les océans sans être détectée depuis 56 ans. En janvier 2025 déjà, le ministère avait signalé le passage du navire de surveillance russe Yantar dans la Manche, et Healey avait averti Vladimir Poutine que Londres prendrait « des mesures énergiques pour protéger le Royaume-Uni ».








