Chine, Ukraine, IA : l’Occident a-t-il raté le train ?

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Chine, Ukraine, IA : l'Occident a-t-il raté le train ?
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Pascal Lamy reconnaît enfin ce que certains disaient depuis vingt ans : l’Occident s’est trompé sur la Chine. Pendant ce temps, l’Ukraine saigne, et Pékin purge ses généraux pour mieux préparer la suite. Le moment est venu de regarder la réalité en face — et d’en tirer les conséquences budgétaires pour nos armées.

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Onze hauts responsables militaires chinois évincés entre l’automne 2025 et l’hiver 2026 — Xi Jinping ne purge pas par vengeance, il prépare une armée de guerre.

L’erreur historique que nous payons cash

Il faut saluer l’honnêteté intellectuelle de Pascal Lamy. L’ancien directeur de l’OMC reconnaît publiquement une « erreur de parallaxe historique » avec la Chine. Traduction pour ceux qui n’ont pas le goût des euphémismes bruxellois : nous avons cru que le commerce créerait la démocratie, et nous avons fabriqué notre principal adversaire stratégique avec notre propre argent.

Force est de constater que cette erreur n’est pas seulement commerciale — elle est militaire. Pendant que l’Europe se gargarisait de dividendes de la paix et taillait dans ses budgets de défense tout au long des années 1990 et 2000, la Chine, elle, construisait une marine de guerre, développait ses capacités nucléaires et investissait massivement dans l’intelligence artificielle militaire. Résultat ? La start-up américaine Reflection AI annonce aujourd’hui que son modèle Beam rivalise avec les meilleurs modèles chinois — mais c’est une course que nous n’aurions jamais dû laisser la Chine disputer à armes égales.

La leçon est simple et douloureuse : quand on sous-investit dans sa défense pendant trente ans, on ne rattrape pas le retard en deux exercices budgétaires.

L’Ukraine, miroir de nos insuffisances

L’économie ukrainienne est à genoux. Agriculture paralysée, métallurgie à l’arrêt, frappes de l’été qui ont décimé l’appareil productif. La BERD a revu ses prévisions à la baisse. Le trafic en mer Noire est quasiment interrompu. Kiev tient — mais à quel prix ?

Ce que l’Ukraine nous enseigne chaque jour depuis février 2022, c’est que la guerre moderne dure, qu’elle consomme des munitions à un rythme industriel, et qu’elle exige une économie de guerre que l’Europe n’a pas su reconstituer à temps. Nos stocks étaient insuffisants. Nos lignes de production, atrophiées. Notre volonté politique, timorée.

Je pense que nous avons collectivement sous-estimé ce que signifie défendre un continent. Pas seulement en hommes et en matériels, mais en capacité industrielle souveraine. La France a engagé une remontée en puissance avec la LPM 2024-2030 portée à 413 milliards d’euros — c’est bien. Mais ce montant reste conditionné à des finances publiques françaises qui affichent un déficit chronique dépassant les 5 % du PIB. Financer la défense sur fond de dette abyssale, c’est hypothéquer la sécurité de demain avec les dettes d’aujourd’hui.

Xi Jinping purge, l’Occident délibère

Onze généraux évincés en quelques mois. Xi Jinping ne fait pas de ménage par caprice : il professionnalise, il centralise, il prépare. Un chef d’État qui purge son état-major pendant une période de tension n’est pas en train de gérer un conflit interne — il construit une chaîne de commandement taillée pour l’action.

L’Occident, lui, délibère. Le maire travailliste des West Midlands négocie avec Londres pour assouplir les objectifs de voitures électriques — pendant que les industriels de défense attendent des commandes fermes et pluriannuelles pour pouvoir investir. C’est là le vrai sujet : sans visibilité budgétaire long terme, pas d’industrie de défense solide. Et sans industrie de défense solide, pas de souveraineté.

La Chine nous a donné trente ans d’avance sur ce principe. Il serait temps d’arrêter de la remercier de nous l’avoir démontré.

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