Pétrole de guerre, jihad et Ukraine : l’Occident navigue à vue

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Pétrole de guerre, jihad et Ukraine : l'Occident navigue à vue
Pétrole de guerre, jihad et Ukraine : l'Occident navigue à vue | Armees.com

En une seule semaine, trois dossiers géopolitiques majeurs s’entremêlent : la libération massive des réserves stratégiques de pétrole après la guerre en Iran, une contre-offensive ukrainienne qui redonne espoir à Kiev, et un complot terroriste d’origine iranienne déjoué au Royaume-Uni. Derrière ces événements en apparence distincts, un fil rouge : l’Iran, acteur déstabilisateur que l’Occident peine encore à contenir durablement. Il est temps de tirer les leçons stratégiques — et budgétaires — de cette accumulation de crises.

325 millions

Le nombre de barils de pétrole libérés depuis mars par l’Agence internationale de l’énergie pour compenser les perturbations liées à la guerre en Iran — sur les 400 millions promis.

L’Iran, perturbateur global que nos budgets de défense sous-estimaient

Force est de constater que l’Iran occupe désormais simultanément trois théâtres : énergétique, terroriste et militaire par procuration. La guerre déclenchée en mars dans la région a contraint l’Agence internationale de l’énergie à puiser dans des réserves stratégiques à hauteur de 325 millions de barils — soit près d’un sixième des stocks mondiaux disponibles. Ce chiffre vertigineux illustre à quel point nos économies restent vulnérables à un seul acteur régional déterminé à semer le chaos.

Parallèlement, le Counter Terrorism Policing britannique révèle que deux migrants iraniens en situation irrégulière, débarqués en petites embarcations sur les côtes anglaises, auraient fomenté une attaque contre la communauté juive de Manchester, potentiellement dirigés depuis Téhéran même. L’infiltration par voie migratoire d’agents ou de sympathisants des Gardiens de la Révolution n’est plus une hypothèse de travail pour les services de renseignement : c’est une réalité opérationnelle.

La question que je pose directement aux responsables politiques français est la suivante : nos services de renseignement intérieur et extérieur disposent-ils des moyens humains et technologiques suffisants pour surveiller ces filières ? Le budget de la DGSI a certes progressé ces dernières années, mais la pression migratoire incontrôlée crée des angles morts que ni le renseignement ni la justice ne peuvent absorber seuls.

Ukraine : 140 km² reconquis, mais la guerre d’usure reste impitoyable

Du côté de l’Ukraine, les nouvelles sont plus encourageantes. Volodymyr Zelensky annonce la reprise de 125 à 140 kilomètres carrés dans la région du Donbass. Ce n’est pas Koursk, ce n’est pas une percée décisive, mais c’est un signal important : Kiev n’est pas à bout de souffle, et les équipements occidentaux continuent de faire la différence sur le terrain.

Pour la France, ce conflit est un révélateur brutal de nos propres capacités industrielles. La montée en cadence de KNDS, de Thales ou de MBDA pour répondre aux besoins ukrainiens, puis à nos propres besoins de reconstitution des stocks, démontre que notre base industrielle de défense peut accélérer — à condition qu’on lui en donne les moyens contractuels et financiers sur la durée.

Je reste cependant sceptique sur notre capacité collective, en Europe, à maintenir le rythme. L’Allemagne hésite, l’Italie temporise, et la France, malgré la LPM 2024-2030 et ses 413 milliards programmés, doit encore prouver que ces engagements résisteront aux futures contraintes budgétaires. Une loi de programmation militaire n’est pas une garantie : c’est une intention politique.

L’heure des choix budgétaires véritables

Le triptyque iranien — pétrole, terrorisme, milices — oblige l’Europe à penser sa sécurité de façon systémique et non plus réactive. Dépenser moins en défense parce que la crise est passée est la tentation permanente des démocraties. C’est précisément ce réflexe qui nous a conduits à la désarmement des années 2000-2015, dont nous payons encore le prix.

Le vrai test pour la France et ses partenaires ne sera pas de voter des budgets de défense ambitieux en période de crise. Il sera de les maintenir quand l’opinion publique, la pression sociale et les déficits publics pousseront à arbitrer différemment. Sur ce point, l’histoire est rarement du côté de la sagesse préventive.

La sécurité, comme l’assurance incendie, ne se juge pas à son coût — mais à son absence le jour où le feu prend.

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