Pendant que la France regarde brûler ses lycées, les États-Unis déploient un porte-avions supplémentaire dans le Golfe Persique et l’espace est-européen voit se multiplier les incursions de drones russes. Le monde ne nous attend pas. Et notre budget militaire, lui, attend toujours.
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Le nombre de marins et Marines américains supplémentaires déployés dans le Golfe Persique, en plus d’un porte-avions, signe de l’escalade des tensions au Moyen-Orient.
Washington muscle son jeu, Paris regarde ailleurs
Il y a des semaines où l’actualité géopolitique vous assène la vérité à la figure sans ménagement. Cette première semaine d’octobre 2026 en est une. Le Pentagone vient de déployer un porte-avions supplémentaire et dix mille militaires dans le Golfe Persique. Ce n’est pas un exercice de communication. C’est un signal stratégique adressé à Téhéran, à Pékin qui observe, et accessoirement à tous ceux qui douteraient encore de la détermination américaine à projeter de la puissance. Pendant ce temps, en France, le Premier ministre et Marine Le Pen s’écharpent sur les responsabilités des violences dans les lycées. Force est de constater que nos priorités collectives sont singulièrement décalées par rapport aux réalités du monde.
Ce déploiement américain n’est pas anodin. Il intervient dans un contexte de tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, par lequel transitent encore environ 20 % des échanges mondiaux de pétrole. Une frappe, une provocation iranienne mal calibrée, et c’est l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement énergétique mondiale qui vacille. La France, comme toute l’Europe, serait en première ligne des conséquences économiques. Pourtant, notre présence militaire dans la région reste symbolique, notre capacité de projection limitée, et notre budget de défense toujours en deçà de ce que la situation commande réellement.
L’Europe de l’Est, angle mort de notre stratégie
Pendant que les projecteurs se braquent sur le Golfe, l’Institut Thomas More rappelle opportunément que l’espace est-européen mérite une attention accrue. L’Initiative des Trois Mers — regroupant douze pays de la Baltique à l’Adriatique et à la mer Noire — est en train de devenir un pivot stratégique majeur du flanc oriental de l’OTAN. Les incursions de drones russes se multiplient sur les rives baltiques. Ce n’est pas de la fiction : c’est du harcèlement stratégique calibré pour tester nos nerfs et nos réponses.
Je pense que nous sous-estimons gravement ce que ces provocations répétées signalent. Moscou cartographie nos lacunes, nos temps de réaction, nos zones grises juridiques. Investir dans la défense anti-drones, dans le renseignement électromagnétique, dans la surveillance des frontières orientales de l’Alliance n’est pas une dépense militaire comme une autre : c’est de l’assurance-vie collective. Or, la France consacre encore trop peu à la modernisation de ses capacités de surveillance et de défense de théâtre. La Loi de programmation militaire 2024-2030 a posé de bonnes intentions. Leur financement réel, en revanche, mérite un suivi rigoureux, exercice budgétaire après exercice budgétaire.
L’Europe libre, mais encore combien de temps ?
David Baverez, depuis Hongkong, rappelait cette semaine que le plus grand avantage compétitif de l’Europe face à la Chine et aux États-Unis, c’est sa liberté. Il a raison. Mais la liberté n’est pas gratuite. Elle se défend, elle s’équipe, elle s’entraîne. Une Europe qui proclame sa liberté sans investir dans les capacités militaires qui la garantissent est une Europe qui vit à crédit sécuritaire — en comptant sur les Américains pour régler la facture finale.
La question n’est plus de savoir si nous devons augmenter notre effort de défense. Elle est de savoir si nos dirigeants auront le courage politique de l’expliquer clairement aux Français, et de faire les arbitrages budgétaires qui s’imposent. Lycées qui brûlent ou porte-avions qui manquent : les deux problèmes ont un dénominateur commun. Une France qui a trop longtemps vécu au-dessus de ses moyens stratégiques.


