Bardella, Le Pen, lycées en feu : pendant ce temps, la LPM brûle aussi

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Bardella, Le Pen, lycées en feu : pendant ce temps, la LPM brûle aussi
Bardella, Le Pen, lycées en feu : pendant ce temps, la LPM brûle aussi | Armees.com

La France regarde ses lycées partir en fumée et ses responsables politiques s’entre-déchirer sur des tweets et des costards en kevlar. Pendant ce spectacle navrant, une question brûlante reste sans réponse : la Loi de programmation militaire tient-elle encore debout ? Les crédits sont là sur le papier. La réalité budgétaire, elle, est plus inflammable qu’il n’y paraît.

413 milliards €

C’est l’enveloppe totale de la LPM 2024–2030, votée en grande pompe. Mais les arbitrages budgétaires annuels grignotent déjà les marges.

La LPM, belle vitrine, arrière-boutique inquiète

On a voté la plus ambitieuse loi de programmation militaire depuis des décennies. 413 milliards d’euros sur sept ans, une montée en puissance vers 2 % du PIB, des discours présidentiels sur l’ « économie de guerre ». Tout le monde a applaudi.

Sauf que la réalité budgétaire s’invite sans prévenir. En 2026, la France jongle avec un déficit public qui refuse de descendre sous les 5 % du PIB, une dette à 3 460 milliards d’euros et un gouvernement qui cherche 40 milliards d’économies. Dans ce contexte, les arbitrages de Bercy ne se font jamais sans dommages collatéraux. Et les armées, malgré les promesses, ne sont pas immunisées.

Force est de constater que la trajectoire financière de la LPM repose sur des hypothèses de croissance et de recettes fiscales qui, année après année, se révèlent optimistes. Résultat : on annonce des programmes, on commande des équipements, on fait des photos devant des CAESAR flambant neufs — et on découvre ensuite que les crédits de paiement tardent, que les livraisons glissent, que les industriels attendent. C’est l’équivalent de construire une maison en annonçant le budget du toit avant d’avoir payé les fondations.

Ce que font nos voisins que nous ne faisons pas

Comparez un instant avec l’Allemagne. Berlin a créé un fonds spécial de 100 milliards d’euros, sanctuarisé constitutionnellement, précisément pour éviter que les aléas budgétaires annuels ne viennent ronger l’effort de défense. Le mécanisme est brutal dans sa simplicité : l’argent est là, il ne peut pas servir à autre chose, point.

En Suède, pays qui vient de rejoindre l’OTAN, les crédits de défense sont non seulement en hausse mais font l’objet d’un suivi parlementaire trimestriel avec des indicateurs de performance publiés. On sait combien coûte chaque régiment, quel est son taux de disponibilité, comment il se compare à l’année précédente.

En France ? On publie des rapports annuels de plusieurs centaines de pages que personne ne lit, des indicateurs de performance rédigés pour rassurer plutôt qu’informer, et des auditions parlementaires où les chiffres réels mettent un an à émerger. La transparence budgétaire sur la dépense militaire française est, pour dire les choses clairement, en dessous des standards de nos alliés sérieux.

Arrêter de confondre effort budgétaire et efficacité

Atteindre 2 % du PIB consacré à la défense, c’est bien. Mais ce chiffre ne dit rien de la qualité de la dépense. Or c’est précisément là que le bât blesse.

Sur les 413 milliards programmés, quelle part va à de la masse salariale rigide, à des structures administratives pléthoriques, à des programmes en retard qui coûtent deux fois leur prix initial ? On cherchera en vain une réponse consolidée, publique et vérifiable.

L’enjeu n’est pas seulement de dépenser plus. C’est de dépenser mieux, de sanctuariser les crédits réels, de publier des comptes lisibles et d’évaluer sans complaisance chaque euro investi dans notre souveraineté. Tant que la politique de défense restera un exercice de communication plutôt qu’un effort budgétaire rigoureux et transparent, les grandes déclarations sur l’économie de guerre resteront ce qu’elles sont : de belles formules pour temps de paix.

Il est temps d’exiger des comptes. Vraiment.

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