Jamie Dimon, patron de JPMorgan, vient de lancer un pavé dans la mare : un grand accord de libre-échange transatlantique, oui, mais contre des réformes économiques européennes sérieuses. Traduction brutale : l’Europe ne peut plus espérer à la fois la protection américaine et le confort de ses dépenses publiques incontrôlées. Pour la France, l’heure du choix budgétaire a sonné.
1,9 %
Part du PIB consacrée par la France à sa défense en 2025, loin de l’objectif OTAN de 2 % — et très loin des 3,5 % réclamés par Washington.
Le prix de la souveraineté que personne ne veut regarder en face
Jamie Dimon ne fait pas de la politique. Il fait de la finance. Et quand le patron de la première banque mondiale publie une tribune dans le Wall Street Journal pour réclamer un accord commercial transatlantique conditionné à des réformes économiques européennes, il faut l’entendre pour ce qu’il dit vraiment : l’Europe est en train de perdre sa crédibilité économique, donc stratégique, donc militaire.
Pour la France, le message est particulièrement cinglant. On dépense 58,2 % du PIB en dépenses publiques — un record mondial parmi les grandes économies — et on peine encore à atteindre 2 % pour la défense. Imaginez un instant un chef de famille qui consacre les trois quarts de son budget à ses charges fixes, et refuse d’assurer sa maison contre l’incendie. C’est exactement la situation française.
L’Allemagne, longtemps montrée du doigt pour son sous-investissement militaire, a décidé en 2022 un choc budgétaire de 100 milliards d’euros pour ses armées. La Pologne atteint désormais 4 % de son PIB consacré à la défense. La Suède, pays neutre pendant 200 ans, a rejoint l’OTAN et augmenté ses crédits militaires de 40 % en trois ans. Pendant ce temps, Paris tergiverse, rend des arbitrages au fil de l’eau, et continue d’entretenir l’illusion d’une LPM tenue alors que l’inflation a rogné un tiers de ses ambitions réelles.
La LPM 2024-2030 : des chiffres flatteurs, une réalité décevante
La Loi de programmation militaire affiche fièrement 413 milliards d’euros sur sept ans. Beau chiffre. Mais un chiffre courant, pas constant. L’inflation militaire — hausse des coûts des matériels, de l’énergie, des salaires des ingénieurs de défense — grignote cette enveloppe chaque trimestre. Les industriels français de la défense, Thales, Safran, KNDS en tête, le disent en privé avec une franchise croissante : les cadences de commande ne suivent pas les discours.
On peut se demander ce que signifie « dépenser plus » si c’est pour acheter moins. La vraie question n’est pas le volume affiché de la LPM, c’est son efficacité réelle par euro investi. La Suisse, avec un budget de défense deux fois plus modeste en proportion, maintient une industrie d’armement nationale hautement compétitive grâce à une gestion rigoureuse des programmes et une exigence draconienne sur les délais. En France, le programme SCORPION de modernisation de l’armée de Terre accuse des retards qui se chiffrent en années, pas en mois.
Un accord transatlantique peut-il enfin forcer la main ?
L’appel de Dimon à un grand deal UE-États-Unis arrive au pire moment pour une France qui n’a pas fait ses devoirs budgétaires. Car un tel accord, s’il voit le jour, imposera des contreparties claires : dépenses de défense crédibles, réduction des déficits publics, compétitivité économique retrouvée.
Force est de constater que la souveraineté stratégique dont la France se réclame avec fierté ne peut pas coexister indéfiniment avec 3 100 milliards d’euros de dette publique et une incapacité structurelle à financer ses armées sans emprunt. La crédibilité militaire commence dans les comptes publics.
L’Europe, et la France en particulier, n’a plus le luxe de choisir entre beurre et argent du beurre. Il faut couper dans les dépenses qui n’assurent pas la puissance pour financer celles qui la garantissent.


