Arabie Saoudite : la France joue sa crédibilité stratégique en mer Rouge

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Arabie Saoudite : la France joue sa crédibilité stratégique en mer Rouge
Arabie Saoudite : la France joue sa crédibilité stratégique en mer Rouge | Armees.com

Emmanuel Macron envoie des soldats, des radars et des systèmes de défense sur le site pétrolier de Yanbou, en Arabie Saoudite. Une décision qui engage la France bien au-delà d’un simple geste diplomatique. Derrière l’annonce, des questions fondamentales sur notre doctrine d’intervention, notre industrie de défense et la cohérence de notre stratégie géopolitique.

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La part du pétrole mondial qui transite par la mer Rouge et le détroit de Bab-el-Mandeb, zone directement menacée par les frappes de drones houthis.

Yanbou, ou quand la géopolitique rencontre la réalité pétrolière

Soyons directs : quand Emmanuel Macron annonce l’envoi de moyens militaires « strictement défensifs » en Arabie Saoudite pour protéger le terminal pétrolier de Yanbou, il ne fait pas de la philanthropie géopolitique. La France défend ses intérêts — et ceux de l’économie mondiale — dans une zone qui concentre une fraction considérable des exportations mondiales d’hydrocarbures.

Yanbou n’est pas un détail sur une carte. C’est le principal terminal d’exportation de brut saoudien sur la mer Rouge, une infrastructure névralgique dont la neutralisation, même partielle, provoquerait une flambée des prix du pétrole aux conséquences économiques immédiates pour l’Europe entière. Les houthis l’ont bien compris, qui ciblent méthodiquement ce verrou stratégique depuis des mois.

Force est de constater que la France répond à l’appel, là où d’autres hésitent. C’est bien. Mais la vraie question, celle que personne ne pose frontalement, est celle-ci : avons-nous réellement les moyens de tenir ce rôle dans la durée ? Les radars et systèmes de défense que nous envoyons à Yanbou, c’est autant de matériel qui ne sera pas disponible ailleurs — en Europe de l’Est, dans le Sahel, ou sur notre propre territoire.

Une industrie de défense qui doit saisir l’opportunité

Il y a cependant un angle que les commentateurs négligent systématiquement : cette opération est une vitrine industrielle en temps réel. Nos systèmes de défense sol-air, nos radars de surveillance, notre savoir-faire en matière de protection d’infrastructures critiques — tout cela s’expose aujourd’hui dans l’œil du monde arabe et, plus largement, des puissances qui cherchent des partenaires fiables en matière de défense.

L’Arabie Saoudite est l’un des plus grands importateurs d’armement de la planète. La France est son fournisseur historique. Chaque missile Crotale, chaque système SHORAD qui prouve son efficacité dans le ciel de Yanbou, c’est un argument commercial concret pour Thales, MBDA ou Naval Group lors des prochains appels d’offres. Je ne dis pas que c’est le seul motif de notre engagement — mais prétendre qu’il n’existe pas serait naïf.

C’est précisément là que l’investissement dans notre LPM — la Loi de Programmation Militaire à 413 milliards d’euros sur 2024-2030 — prend tout son sens. Sans une industrie de défense robuste et compétitive, la France ne peut ni protéger ses alliés, ni remporter les contrats qui financent en retour ses capacités militaires. Le cercle vertueux existe. Encore faut-il ne pas le briser par des coupes budgétaires imprudentes sous pression de Bercy.

La doctrine « strictement défensive » : prudence ou ambiguïté stratégique ?

Le qualificatif « strictement défensif » employé par Jean-Noël Barrot mérite qu’on s’y arrête. Il est à la fois rassurant pour l’opinion publique française et potentiellement contraignant sur le terrain. Que se passe-t-il si nos soldats identifient une menace imminente nécessitant une frappe préemptive ? Les règles d’engagement doivent être claires — et elles doivent l’être avant, pas pendant une crise.

L’histoire des opérations extérieures françaises nous enseigne que la frontière entre défensif et offensif est souvent la première victime du contact avec la réalité. Nos hommes méritent une doctrine lisible, des moyens adéquats et un soutien politique qui ne se dérobe pas au premier mort ou au premier incident diplomatique.

La France a choisi d’être une puissance d’équilibre en mer Rouge. Qu’elle l’assume pleinement — avec les budgets, les règles d’engagement et la clarté stratégique que cela exige. La crédibilité ne se décrète pas dans un communiqué de presse. Elle se construit, mission après mission, dans la durée.

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