Blé, pétrole, acier : la mer Noire dicte nos budgets de défense

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Blé, pétrole, acier : la mer Noire dicte nos budgets de défense
Blé, pétrole, acier : la mer Noire dicte nos budgets de défense | Armees.com

Les frappes en mer Noire s’intensifient, les exportations de blé russe et ukrainien s’effondrent, et les marchés mondiaux tremblent. Derrière la tension alimentaire se cache une leçon stratégique que l’Europe tarde à intégrer : les guerres économiques précèdent les guerres tout court. Et nos armées, sont-elles vraiment prêtes à défendre nos intérêts vitaux ?

35 %

La part des exportations mondiales de blé qui transitait par la mer Noire avant le début du conflit russo-ukrainien — une artère maritime désormais sous pression de frappes répétées.

La mer Noire, théâtre d’une guerre économique totale

Force est de constater que la guerre en Ukraine n’est plus seulement une affaire de lignes de front dans le Donbass. Depuis plusieurs semaines, l’intensification des frappes en mer Noire frappe au cœur d’un enjeu stratégique que trop d’analystes ont longtemps sous-estimé : le contrôle des routes maritimes d’exportation des céréales. Le Figaro le rappelle ce lundi avec justesse — la situation est désormais « plus grave qu’en 2022 ».

Ce que cela signifie concrètement ? Les pays importateurs d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud se retrouvent sous tension alimentaire croissante. Et une tension alimentaire, comme l’histoire nous l’a enseigné de la Tunisie en 2011 à l’Égypte de Moubarak, c’est une bombe à retardement géopolitique. La Russie le sait, elle qui utilise le blé comme une arme diplomatique depuis le début du conflit.

La question qui devrait hanter nos états-majors n’est donc pas seulement militaire : c’est celle de la protection des flux économiques vitaux. La marine nationale française dispose-t-elle des moyens suffisants pour contribuer à sécuriser ces couloirs, aux côtés de nos alliés ? La réponse honnête est : difficilement, dans la durée.

L’Europe de la défense face à l’épreuve de vérité

Ce lundi, l’Europe de la défense se réunit en soutien à l’Ukraine. Beau symbole. Mais derrière les déclarations d’intention, les chiffres sont impitoyables. La France consacre aujourd’hui environ 2 % de son PIB à la défense — le seuil OTAN atteint avec effort, et non sans débat budgétaire houleux à l’Assemblée. L’Allemagne, après des décennies de sous-investissement, a engagé son fameux fonds spécial de 100 milliards d’euros. Les Pays-Bas ont relevé leur budget de défense de 30 % en trois ans.

Pendant ce temps, la France jongle entre une dette publique dépassant les 3 200 milliards d’euros et des besoins capacitaires criants : renouvellement de la flotte de frégates, modernisation des forces sous-marines, montée en puissance de la cyberdéfense. La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans — un effort réel, je le reconnais. Mais cet effort sera-t-il tenu face aux pressions budgétaires que génère une dépense publique civile structurellement hors de contrôle ?

C’est là le paradoxe français : on ne peut pas financer indéfiniment à crédit à la fois l’un des États providences les plus coûteux du monde et une armée à la hauteur de nos ambitions stratégiques. À un moment, il faut choisir où va l’argent du contribuable.

La mer Noire nous rappelle que la puissance se finance

La leçon de la mer Noire est simple et brutale : dans un monde où les routes commerciales redeviennent des champs de bataille, la puissance militaire est une condition de la prospérité économique, et non l’inverse. Nos industries, nos agriculteurs, nos chaînes d’approvisionnement dépendent de mers libres et sécurisées.

Cela suppose des investissements massifs, ciblés et efficaces dans notre outil de défense — pas des dépenses saupoudrées pour satisfaire des équilibres politiques. L’argent public militaire est l’un des rares que je défende sans hésitation. Encore faut-il qu’il soit dépensé avec rigueur, sans les travers bureaucratiques qui plombent trop souvent nos programmes d’armement.

La mer Noire brûle. Et pendant ce temps, Bruxelles réunit des comités.

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