Selon un courrier signé par le ministre de la Marine par intérim, Hung Cao, adressé en réponse aux questions de la sénatrice démocrate Kirsten Gillibrand, depuis le début du déploiement du Lincoln, il y a eu un total de huit tentatives de suicides.
Ce document, consulté mercredi par l’AFP, constitue une confirmation officielle du gouvernement américain sur la situation à bord du porte-avions, mobilisé au Moyen-Orient dans le cadre de la guerre menée par Donald Trump contre l’Iran.
Hung Cao précise toutefois qu’aucun suicide n’a été mené à terme. « Il n’y a pas eu de suicide à bord pendant ce déploiement », écrit-il. Deux incidents sont détaillés dans sa lettre. Début août, un marin est passé par-dessus bord : il a été rapidement secouru puis débarqué du navire pour recevoir des soins complémentaires.
En mars, un autre marin a tenté de se jeter à l’eau, mais ses camarades l’en ont empêché. Il est retourné à son port d’attache. Sur les ressources de soutien psychologique disponibles à bord, le ministre a listé :
- cinq aumôniers,
- un psychologue,
- un assistant social
- et un chien de soutien émotionnel.
Un chiffre jugé « incroyablement élevé » par un responsable militaire
CNN a mis ce total en perspective avec les statistiques de l’ensemble de l’US Navy en service actif en 2024, dernière année pour laquelle le Pentagone a publié des données : 356 tentatives de suicide recensées sur environ 337 000 marins. Rapporté à cette échelle, le taux observé à bord de l’Abraham Lincoln reste globalement comparable.
Un responsable militaire interrogé par la chaîne porte pourtant un jugement plus sévère. Il qualifie les huit tentatives d’« incroyablement élevé », en comparaison des une à deux tentatives habituellement recensées par an lors des récents déploiements de groupes aéronavals.
Selon lui, « la pression liée aux opérations de combat est bien plus forte que lors des déploiements normaux ». Il évoque aussi l’absence d’escale et des « alertes permanentes » comme facteurs de tension supplémentaire pour l’équipage.
Ces révélations arrivent après des mois de mises en cause, essentiellement démocrates. En août 2026, des familles de militaires et plusieurs élus avaient déjà fait état de conditions alarmantes à bord : tentatives de suicide, problèmes sérieux de santé mentale, pénuries alimentaires et mauvaises conditions d’hygiène.
Le sénateur Ruben Gallego avait alors réclamé, sur X, une visite officielle du Sénat afin d’enquêter sur les conditions alarmantes qui ont été signalées. Son collègue Richard Blumenthal avait dénoncé les nombreux rapports faisant état de pénuries de produits de première nécessité, de contamination de l’eau, de problèmes de plomberie, d’une détérioration de la santé mentale, de problèmes de sécurité sur le pont.
Ces alertes avaient été sèchement balayées par Donald Trump. Le ministre de la Défense, Pete Hegseth, avait de son côté jugé la situation caricaturée, assurant que chaque navire, chaque équipage et chaque capitaine disposait de tout le nécessaire.
Le déploiement du porte-avions s’étire depuis plus de dix mois. Le bâtiment et ses milliers de marins ont quitté San Diego, en Californie, le 21 novembre 2025, pour une mission initialement prévue en mer de Chine méridionale. Le 28 février 2026, l’Abraham Lincoln a été redirigé vers le Moyen-Orient en soutien à l’offensive conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Le navire a finalement effectué une escale en Thaïlande début septembre, après 286 jours passés en mer.








