Le Pentagone reconnaît que les frappes iraniennes ont endommagé et détruit des centaines de bâtiments sur les bases américaines au Moyen-Orient

30 drones détruits, 33,4 milliards dépensés, des stocks de munitions en berne… Le Pentagone lève enfin le voile sur le vrai coût de la guerre contre l’Iran. Les chiffres officiels contredisent Trump.

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Le Pentagone reconnaît que les frappes iraniennes ont endommagé et détruit des centaines de bâtiments sur les bases américaines au Moyen-Orient
Le Pentagone reconnaît que les frappes iraniennes ont endommagé et détruit des centaines de bâtiments sur les bases américaines au Moyen-Orient © Armees.com

Un rapport de l’inspecteur général du Département de la Défense américain, rapporté par Business Insider, révèle pour la première fois de façon officielle l’étendue des pertes subies par les États-Unis lors du conflit contre l’Iran. Des dizaines d’aéronefs, dont au moins 30 drones MQ-9 Reaper, ont été détruits ou endommagés, et des centaines de bâtiments et structures utilisés par les forces américaines dans la région ont subi des dégâts causés par des attaques iraniennes.

Ce document, qui couvre la période du 28 février au 30 juin, constitue la présentation publique la plus complète à ce jour des coûts de la guerre en vies américaines, en dollars des contribuables et en dégâts matériels. Une bonne partie de ces éléments avait déjà filtré au cours des six derniers mois, mais jamais avec un tel niveau de détail chiffré.

Onze militaires tués au combat, 417 blessés

Le bilan humain s’élève à au moins 11 militaires tués au combat et 7 autres morts dans des événements non hostiles, auxquels s’ajoutent au moins 417 blessés recensés jusqu’au 30 juin. Ces décès étaient déjà connus du public avant la publication du rapport, mais celui-ci les rassemble pour la première fois dans un document officiel unique.

Au moins six militaires ont péri au port de Shuaiba, au Koweït, le 1er mars, le jour même où un septième mourait en Arabie saoudite. Trois autres ont été tués à la base aérienne Muwaffaq al-Salti, en Jordanie, le 17 juillet, et un à celle d’Erbil, en Irak, deux jours plus tard.

Le crash d’un avion-ravitailleur KC-135 en Irak, le 12 mars, a coûté la vie à au moins six membres d’équipage. Un hélicoptère MH-60S s’est quant à lui abîmé en mer d’Arabie le 1er juillet, tuant un homme.

Des dizaines d’avions perdus, un rapport qui contredit Trump

Côté aérien, au moins quatre F-15E ont été détruits : trois abattus par tir ami au-dessus du Koweït le 1er mars, un quatrième en combat au-dessus de l’Iran en avril. Au moins sept KC-135 ont été endommagés ou détruits, dont celui qui s’est écrasé en Irak.

Jusqu’à 30 drones MQ-9 Reaper, estimés à plus de 30 millions de dollars pièce, ont disparu dans diverses circonstances, et un drone de surveillance MQ-4C Triton, valant 240 millions de dollars, s’est écrasé en avril.

Le Département de la Défense a dépensé environ 33,4 milliards de dollars pour l’opération Epic Fury durant la période couverte par le rapport, dont 3,7 milliards en pertes d’équipement. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait déjà indiqué au Congrès, fin juillet, que la guerre avait coûté 37,5 milliards de dollars jusque-là.

Le document reconnaît surtout que les États-Unis manquent de munitions en stock et font face à des goulets d’étranglement dans la base industrielle chargée du réapprovisionnement en armes avancées. Cet aveu contredit les déclarations répétées du président Donald Trump, qui avait vanté « plus d’armes d’exception et d’élite qu’à tout autre moment de notre histoire » et des munitions virtually unlimited.

Des experts avaient déjà estimé qu’il faudrait environ trois ans aux sous-traitants militaires pour reconstituer les stocks de missiles avancés et d’intercepteurs aux niveaux d’avant-guerre.

Bahreïn privée de son hub logistique naval

La base navale américaine de Bahreïn, principal point d’appui logistique de la Marine dans la région, a été frappée à la fois par des missiles balistiques et des drones iraniens. Les États-Unis ont dû détourner leurs ressources de soutien naval vers d’autres sites, notamment Diego Garcia, base conjointe avec le Royaume-Uni dans l’océan Indien, au prix de cycles logistiques dépassant les deux semaines de transit maritime.

Ces tensions ont pesé sur les navires de guerre engagés dans les opérations de combat, dont le porte-avions USS Abraham Lincoln, qui a rencontré d’importants problèmes d’approvisionnement avant de quitter le Moyen-Orient en août. Des législateurs démocrates ont interrogé le Pentagone sur les conditions de vie de l’équipage à ce sujet.

Les frappes iraniennes ont par ailleurs endommagé ou détruit des centaines de bâtiments sur des bases américaines au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Irak, à Oman et en Jordanie, sans que le rapport ne précise le coût des réparations.

Les forces américaines et partenaires ont intercepté plus de 6 000 drones iraniens et 1 500 missiles balistiques, mais certaines munitions ont tout de même traversé les défenses antiaériennes.

184 millions de dollars de dégâts diplomatiques, 9 000 Américains évacués

Les installations diplomatiques américaines en Irak, au Koweït, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis ont subi pour 184 millions de dollars de dommages, selon des chiffres cités du Département d’État. La mission américaine en Irak concentre l’essentiel de la facture, avec plus de 600 attaques recensées et un coût pouvant atteindre 157 millions de dollars, touchant notamment le consulat d’Erbil et le centre de soutien diplomatique de Bagdad.

L’ambassade de Koweït City a suspendu ses opérations le 5 mars, pour près de 14,75 millions de dollars de dégâts, tandis que deux drones ont frappé l’ambassade de Riyad le 3 mars.

Dans les semaines et mois suivant la première frappe américano-israélienne du 28 février, l’administration Trump a évacué environ 9 000 citoyens américains de pays du Moyen-Orient et d’Europe, pour un coût dépassant 11 millions de dollars. La majorité des évacuations ont eu lieu depuis Israël, suivi de l’Irak et de la Jordanie.

Seuls 1 200 Américains ont été évacués des Émirats arabes unis, mais leurs trajets vers Istanbul, Athènes et Washington ont représenté la facture la plus lourde, plus de 4 millions de dollars.

Les États-Unis et l’Iran restent dans une impasse diplomatique, et le détroit d’Ormuz demeure presque entièrement bloqué.

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