Détroit d’Ormuz : l’Europe paye cash son impuissance militaire

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Détroit d'Ormuz : l'Europe paye cash son impuissance militaire
Détroit d'Ormuz : l'Europe paye cash son impuissance militaire | Armees.com

Le gaz européen s’envole à 79 euros le mégawattheure pendant que des pétroliers brûlent en mer d’Oman. Ce n’est pas une coïncidence : c’est la facture de trente ans de désarmement consenti. Pendant que les Américains tirent, l’Europe compte ses factures d’énergie.

+4,44 %

Hausse du prix du gaz européen en une seule séance, le 9 septembre 2026, sous l’effet des frappes américano-iraniennes autour du détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz, thermostat de l’impuissance européenne

Force est de constater que l’Europe n’a pas besoin d’être en guerre pour en subir les conséquences économiques les plus brutales. Mercredi 9 septembre 2026, les prix du gaz naturel atteignent leur plus haut niveau depuis janvier 2023 sur les marchés européens. La raison ? Des frappes américaines contre des pétroliers iraniens et des représailles de Téhéran dans la zone du détroit d’Ormuz — ce goulot d’étranglement maritime par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole et une part significative du GNL à destination de l’Europe.

L’Iran pose ses conditions, instaure une nouvelle zone interdite, et les Européens… lisent les dépêches. Pas une frégate française ou allemande dans les parages pour sécuriser nos approvisionnements. Pas de capacité de projection crédible en mer d’Oman. Pas de levier de négociation militaire. Nous sommes les spectateurs de notre propre vulnérabilité énergétique.

C’est là l’équation que nos dirigeants refusent d’inscrire au tableau noir : la faiblesse militaire a un coût économique direct, mesurable, immédiat. Ce n’est pas de la géopolitique abstraite — c’est 4,44 % de hausse en une journée sur la facture de gaz de millions d’Européens.

Quand l’impuissance se chiffre en milliards

Je pense que la vraie question n’est pas de savoir si l’Europe doit s’impliquer dans le conflit iranien — elle ne le doit pas nécessairement. La vraie question est : dispose-t-elle seulement des moyens d’en influencer l’issue, ou de protéger ses intérêts vitaux si les choses dégénèrent ?

La réponse honnête est non. La France, première puissance militaire de l’Union européenne, consacre environ 2 % de son PIB à la défense — et encore, en comptant large. L’Allemagne, malgré ses annonces fracassantes de 2022, peine à tenir ses engagements. La marine nationale française compte aujourd’hui moins de 80 bâtiments de premier rang, contre plus de 150 dans les années 1980. Nos stocks de munitions, nos capacités de projection lointaine, nos ravitailleurs en vol : tout cela a été rogné, année après année, au profit d’un État-providence dont personne n’osait questionner l’inflation.

Le résultat est là, brutal : quand Washington décide de frapper des pétroliers iraniens, l’Europe subit les conséquences sans avoir eu son mot à dire et sans pouvoir peser sur la suite. Nous payons le gaz plus cher parce que nous avons choisi, pendant des décennies, de sous-financer notre défense en pariant sur la stabilité américaine. Ce pari est en train de se retourner contre nous.

Réarmer, oui — mais en dépensant mieux

Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège symétrique : dépenser davantage ne suffit pas si c’est pour alimenter des bureaucraties militaires obèses ou financer des programmes d’armement mal pilotés. L’efficacité de la dépense de défense est aussi cruciale que son volume.

Nos voisins néerlandais ou scandinaves montrent qu’on peut bâtir des forces armées réellement opérationnelles avec des budgets maîtrisés, à condition de faire des choix — et de les tenir. Ce que l’Europe doit apprendre, c’est qu’une marine capable de sécuriser le détroit d’Ormuz n’est pas un luxe stratégique : c’est une assurance économique dont la prime est infiniment moins chère que les crises énergétiques à répétition.

Le détroit d’Ormuz brûle. Le compteur du gaz tourne. Il est temps que l’Europe comprenne que la défense nationale, c’est aussi la défense du pouvoir d’achat de ses citoyens.

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