Volkswagen, le constructeur automobile allemand, a annoncé la cession de son usine d’Osnabrück, située en Basse-Saxe, pour en faire un site de production d’équipements de défense aérienne. Cette décision, officialisée le lundi 6 septembre 2026, découle d’un accord signé peu avant entre les actionnaires et les syndicats visant à redresser le groupe face à la crise structurelle de l’industrie automobile en Europe. Il s’agit de la première conversion d’une usine automobile allemande vers l’armement, marquant un tournant symbolique dans un contexte géopolitique tendu.
L’accord prévoit que le fonds d’investissement israélien Aurelius Capital, spécialisé dans les technologies de défense, devienne actionnaire majoritaire de la filiale Volkswagen Osnabrück GmbH, tandis que le Land de Basse-Saxe conserve une participation minoritaire. Volkswagen, qui avait annoncé dès 2024 l’arrêt de la production de véhicules sur le site pour l’été 2027, trouve ainsi une solution permettant de préserver environ 1 400 emplois sur les 1 800 actuels.
Rafael Advanced Defense Systems s’associe au projet
Le premier projet de coopération associe Aurelius Capital à Rafael Advanced Defense Systems, une entreprise israélienne reconnue pour le développement du système antimissile Iron Dome (Dôme de Fer). Selon un communiqué de Volkswagen, la collaboration envisage la fabrication de systèmes et composants pour des systèmes de défense aérienne destinés à l’Allemagne et à l’Europe. Joav Tourgeman, directeur général de Rafael, a exprimé sa volonté d’établir un partenariat industriel de long terme pour produire la technologie en Allemagne.
Rafael, dont l’origine remonte à un centre de recherche militaire fondé en 1948, produit également le système Iron Beam, une arme laser contre les menaces aériennes, et le dispositif de protection active Trophy, utilisé sur les chars Leopard de la Bundeswehr. L’entreprise possède déjà une filiale en Allemagne, Dynamit Nobel Defense, spécialisée dans les lance-roquettes antichar. La production à Osnabrück se concentrera d’abord sur des composants de systèmes de défense aérienne, avant de s’étendre à des assemblages plus complexes.
Un compromis entre pressions économiques et géopolitiques
La reconversion résulte de mois de négociations complexes. Selon Manager Magazin, un transfert direct à Rafael avait été envisagé, mais a rencontré des réticences de la Qatar Investment Authority (QIA), actionnaire significatif de Volkswagen. Le Qatar, ayant des relations diplomatiques nuancées avec Israël, a préféré une structure incluant le Land de Basse-Saxe comme partenaire.
Le comité d’entreprise de Volkswagen a salué cette solution, qui offre des perspectives d’avenir à environ 1 400 salariés, représentant trois quarts de l’effectif actuel. Grâce aux départs naturels à la retraite et aux dispositifs de préretraite, l’effectif du nouveau centre devrait atteindre environ 1 200 postes. Une garantie de l’emploi a été négociée jusqu’à fin 2029. Des discussions sont en cours pour les 400 employés restants.
Osnabrück : une usine au parcours atypique
L’usine d’Osnabrück a un parcours industriel particulier en Allemagne. Issue du carrossier Karmann, fondé en 1874 et spécialisé dans la fabrication de cabriolets, elle a produit des modèles pour divers constructeurs comme BMW, Renault, et Mercedes-Benz. Après la faillite de Karmann en 2009, Volkswagen a repris une grande partie du site, grâce à l’intervention de Christian Wulff, alors ministre-président de Basse-Saxe.
La fin de la production des modèles Porsche en 2025 et l’annulation d’un projet de sportive électrique ont accéléré le déclin du site. Actuellement, seul le T-Roc Cabrio y est encore assemblé. La reconversion vers la défense s’avère être l’unique alternative industrielle crédible. D’autres constructeurs, comme Daimler Truck Defence, ont déjà entrepris des reconversions similaires dans un contexte de réarmement européen.
Une stratégie inscrite dans le réarmement européen
La conversion d’une usine automobile à la production militaire est une première en Allemagne, mais elle s’inscrit dans une dynamique européenne plus large de renforcement des capacités de défense. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, Berlin a doublé son budget militaire et s’est engagé à moderniser la Bundeswehr, avec un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour la défense.
Olaf Lies, ministre-président de Basse-Saxe, a souligné la nécessité de renforcer les capacités de défense pour assurer l’indépendance de l’Allemagne et de l’Europe. Christiane Benner, présidente du syndicat IG Metall, a salué la coopération étroite entre salariés, gouvernement régional et syndicat, tout en rappelant que Volkswagen a encore des responsabilités envers les employés non repris.
L’accord signé n’est qu’un cadre de principe, et les prochains mois seront dédiés à la définition des responsabilités et à l’organisation de la nouvelle entité. La transaction dépend encore de l’approbation des instances de gouvernance et des autorisations réglementaires. Le montant de la transaction et la répartition du capital entre Aurelius et le Land n’ont pas été communiqués.
Oliver Blume, directeur général de Volkswagen, a qualifié l’accord d’étape importante pour offrir au site une nouvelle perspective industrielle. Pour Volkswagen, cette cession permet de se concentrer sur la transition électrique et de réduire les coûts fixes dans un contexte de marges sous pression. L’accord global négocié prévoit des économies massives, incluant la suppression de milliers de postes et la réaffectation de plusieurs sites en Allemagne.








